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Société: Au Mali, s’excuser est aussi une valeur culturelle

Meguetan INFOS

Quand le pardon apaise les tensions, sans effacer la responsabilité

Au Mali, présenter ses excuses n’est pas un signe de faiblesse. C’est, au contraire, une valeur profondément ancrée dans les pratiques sociales et culturelles. Reconnaître une erreur, demander pardon et accepter les excuses de l’autre constituent depuis longtemps des mécanismes essentiels de préservation de la paix, du respect mutuel et de la cohésion sociale.

Ces derniers jours, les réseaux sociaux maliens ont été particulièrement animés par une controverse suscitée par l’intervention de certaines femmes se réclamant du féminisme. À travers des propos et des conseils considérés par une large partie de l’opinion comme déplacés, notamment autour de la question du divorce et de la nécessité pour les femmes de ne pas en avoir honte, ces déclarations ont provoqué une vive réaction.

La réponse de l’opinion publique n’a pas tardé. Dans une société où le mariage et la famille occupent une place centrale, toute parole pouvant être perçue comme une banalisation ou une incitation au divorce est susceptible de provoquer une réaction émotionnelle forte.

Promouvoir les droits des femmes, défendre leur dignité, dénoncer les violences ou réclamer davantage d’autonomie sont des débats légitimes dans toute société. Mais ces combats ne peuvent être menés en faisant abstraction des réalités culturelles, des sensibilités collectives et des valeurs qui structurent la société dans laquelle ils sont portés.

Au Mali, la famille demeure l’une des institutions fondamentales de la société. Des générations ont grandi avec l’idée que, face aux difficultés conjugales, la recherche du dialogue, de la médiation, de la patience et de la réconciliation doit, lorsque cela est possible, être privilégiée avant toute rupture.

Cela ne signifie nullement qu’il faille condamner les femmes à subir des violences, des humiliations ou des situations matrimoniales insupportables. Le respect de la famille ne doit jamais servir de prétexte à la négation des droits ou de la dignité de la personne. Mais défendre ces droits exige également de tenir compte du contexte social et culturel dans lequel le message est reçu.

C’est précisément à ce niveau que la présentation des excuses prend tout son sens.

Face à l’ampleur des réactions suscitées par les propos controversés, la responsable concernée a finalement présenté ses excuses. Ce geste a été largement apprécié par ceux qui avaient vivement dénoncé ses déclarations. Il a contribué à faire retomber la tension et à ouvrir la voie à l’apaisement.

Voilà peut-être l’une des grandes leçons de cette controverse : une société peut être profondément divisée par une parole, mais elle peut également retrouver son équilibre grâce à une reconnaissance sincère de l’erreur.

Le pardon est une force sociale.

Au Mali, demander pardon et accorder son pardon font partie de ces mécanismes traditionnels qui permettent de désamorcer les conflits. Dans les familles, les quartiers, les villages et les communautés, le recours aux aînés, à la médiation et au dialogue a longtemps permis de résoudre des situations qui auraient pu dégénérer.

Mais pardonner ne signifie pas oublier.

Accepter des excuses ne signifie pas davantage que la question soulevée est définitivement réglée. Le pardon permet d’apaiser les esprits et de restaurer le dialogue, mais il doit aussi permettre de tirer les enseignements de l’incident.

Dans le cas présent, la polémique autour du divorce révèle surtout la nécessité d’un débat plus responsable sur la place de la femme dans la société malienne.

Oui, les femmes doivent pouvoir parler de leurs droits.

Mais la défense des droits des femmes ne devrait pas se transformer en confrontation avec les valeurs collectives, pas plus que la défense des valeurs traditionnelles ne devrait conduire à refuser toute évolution sociale.

Entre ces deux positions, il existe un espace indispensable : celui du dialogue, de la responsabilité et de la compréhension mutuelle.

La société malienne évolue. Ses femmes évoluent. Ses hommes évoluent. Les rapports sociaux évoluent également. Cette évolution est inévitable. Mais elle ne devrait pas nécessairement signifier l’abandon de toutes les valeurs héritées du passé.

Une société peut évoluer tout en conservant ce qui fait sa force.

L’excuse en fait partie. Le pardon aussi. La tolérance également.

La récente polémique devrait donc être considérée non seulement comme une confrontation entre deux visions de la société, mais comme une invitation à réfléchir à la manière dont les nouveaux discours sociaux doivent être construits et diffusés.

Car une parole publique a des conséquences. Lorsqu’elle touche à la famille, au mariage, à la religion, aux traditions ou à l’identité collective, elle exige davantage de mesure, de responsabilité et de pédagogie.

Les excuses ont contribué à faire baisser la tension. C’est une bonne chose.

Mais pardonner n’exclut pas le devoir de vigilance. Il appartient désormais à chacun de tirer les enseignements de cette affaire afin que le débat sur les droits des femmes puisse se poursuivre dans un climat plus serein, sans humiliation, sans provocation et sans remise en cause brutale de ce qui constitue le socle de la cohésion sociale.

Au Mali, savoir demander pardon est une valeur.

Savoir pardonner en est une autre.

Et savoir apprendre de ses erreurs est peut-être la plus importante de toutes.

Nayté

 

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