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Transports en commun à Bamako : Les taxis tricycles dans la danse

Au départ, ces engins à trois roues, de marque chinoise, transportaient des bagages. Au fil du temps, ils ont été transformés en véhicules de transport de personnes.

Des motos tricycles, adaptées artisanalement avec un hangar fait de bâches au dessus de la tête des passagers et deux bancs fixés au plancher qui se font face, font le taxi, dans certains quartiers de la ville de Bamako, sur des axes précis. Elles peuvent embarquer six à dix passagers, selon les capacités et les types de ces engins à trois roues.
L’explosion démographique à Bamako, avec composition de différentes couches sociales, se reflète sur les moyens de transports urbains de la ville. Au-delà des traditionnels minibus SOTRAMA et taxis ordinaires, des taxis tricycles ont fait leur apparition, ces dernières années, sur certains axes de la circulation routière sur la rive droite. Ces motos tricycles, de marque chinoise, initialement, transportaient des bagages. Au fil du temps, elles ont été transformées en véhicule de transport de personnes. Après l’achat d’engin neuf, des professionnels du secteur confectionnent un hangar couvert de bâches, tout en aménageant, soigneusement, deux bancs à l’intérieur pour les passagers. Une place supplémentaire se trouve à proximité du conducteur de la moto. En effet, les tricycles, avec un moteur de capacité 175 (1 mètre 75 centimètres de longueur), peuvent transporter 10 passagers. Les motos de 150 de capacité prennent 8 personnes, et celles de capacité 125 ne dépassent pas 6 personnes.

ALLER-RETOUR EN TAXI TRICYCLE-Pour aller à l’ancien marché de Niamakoro, nous avons emprunté un taxi tricycle, à son point de stationnement, en face des Halles de Bamako à Faladiè. Sur le siège à côté du conducteur, le président de l’Association des professionnels du tricycle du Mali, Jean Touré, nous conduit. Avec dix passagers, le taxi tricycle a atteint sa capacité en passagers parmi lesquels, il n’y a que deux hommes. Le reste de la clientèle est, huit femmes, qui vont faire leurs achats à l’ancien marché de Niamakoro. Ces femmes tiennent, chacune, en main un panier de ménagère.
Comme dans les SOTRAMA, ceux qui ont l’habitude de se déplacer avec ce moyen de transport en commun, le savent : les passagers débattent de sujets d’actualité. «Stop, je descends», signale une dame, après seulement cinq cent mètres de parcours. La passagère, en quittant l’engin, tend 100 Fcfa au conducteur. Ainsi de suite, jusqu’au Terminus de notre taxi tricycle, les usagers demandent l’arrêt, lorsqu’ils arrivent à leur destination. Il n’y a pas d’arrêt fixe pour ces motos taxi.
«Maintenant, il y a moins de conducteurs imprudents parmi vous», dit une jeune dame au conducteur, au moment de lui donner le prix du transport. C’est une étudiante. Elle part, chaque jour, à l’école en taxi tricycle. «Une fois, nous avons failli être écrasés par un gros porteur. Un jeune conducteur, visiblement, sous l’effet de la drogue, sans regarder des deux côtés de la route, s’est jeté devant le véhicule poids lourd. On a eu la chance ce jour-là…», révèle l’étudiante.

BREBIS GALEUSES-« Justement ! Raison pour laquelle nous avons créé l’Association des professionnels du tricycle du Mali», explique le président de l’association, Jean Touré. Selon lui, le secteur était truffé de petits délinquants. «Des jeunes, dit-il, quittaient directement l’auto-gare pour se convertir en conducteurs de taxi tricycle. Alors que nombre d’entre eux consomment de la drogue, fument du chanvre indien, entre autres », dit-il. Il a fallu le conseil d’un officier de la police nationale pour mettre de l’ordre dans le secteur. «En 2017, Sidy Mohamed Diallo, officier de la police en service au commissariat du 10ème arrondissement, nous a préconisés de mettre en place une organisation pour assainir le milieu. C’est ainsi que nous avons cherché tous les documents administratifs et créé l’Association des professionnels du tricycle du Mali», raconte Jean Touré.
C’est avec cette organisation que les conducteurs de taxi tricycles des Halles de Bamako comptent enlever la mauvaise graine en leur sein. «Le message est clair à l’intention de tous les conducteurs de taxi tricycle: interdiction de fumer et de prendre la drogue. Celui qui persiste, on lui met la pression pour le faire quitter définitivement notre secteur. Cette attitude a mis un peu d’ordre, diminuant du coup les accidents avec les véhicules. Mais, c’est grâce aux conseils de l’officier Sidy Mohamed Diallo du commissariat de police du 10ème arrondissement», confie Jean Touré. Les taxis tricycles de l’Association des professionnels du tricycle du Mali circulent sur les axes Halles de Bamako-ancien marché de Niamakoro et Halles de Bamako-Kalaban-Coura. Le tarif est fixé à 100 Fcfa pour toute distance, jusqu’aux points de stationnement finaux. «Le tarif est 100 Fcfa. On ne transporte pas de bagages, mais seulement des personnes», souligne le premier responsable de l’Association des conducteurs.
à l’en croire, la multiplication des taxis tricycles dans la circulation, avec la crise qui prévaut, joue sur leur gain journalier. «Présentement, on ne peut pas gagner plus de 3.000 Fcfa par jour. S’il faut prélever les charges, il ne restera pas beaucoup», déplore Touré. Il signaler que certains conducteurs sont payés, à la fin du mois, puisqu’ils ne sont pas propriétaires de leur moto tricycle. Aux dires de notre interlocuteur, les motos tricycles sont chères. Par exemple, le tricycle avec moteur de capacité 150 et de longueur 1,50 m est vendu, sortie d’usine, à 1.180.000 Fcfa. Le hangar est fabriqué à 70.000 Fcfa et la bâche de couverture à 35.000 Fcfa par engin. Ce qui fait une somme totale de 1.285.000 Fcfa.

PERMIS DE CONDUIRE-Pour retourner à l’ancien marché de Niamakoro, nous avons eu la chance d’être un des passagers du premier conducteur de taxi tricycle sur ce trajet. Il s’appelle Mamadou Sissoko, alias «Rougeot». On s’assied près de lui. Son engin neuf n’est pas plein. Qu’importe ! «Rougeot» décide de prendre le départ. Il ne se montre pas moins bavard. « Je suis le premier à commencer ce travail dans la ville. Je le fais depuis 2010. Je suis marié à deux femmes et père de huit enfants. J’arrive à subvenir aux besoins de ma famille avec le peu que je gagne», confie Mamadou Sissoko. Cette ancienneté lui a d’ailleurs valu d’être le 1er vice-président de l’Association des professionnels du tricycle du Mali.
Le président de l’Association des professionnels du tricycle du Mali a fait savoir que la préoccupation de son groupement est le prix de la vignette qui était fixé, dans le temps, à 12.000 Fcfa, par la mairie du district de Bamako. Mais en 2016, les conducteurs de taxi moto ont été reversés aux impôts.
à partir de cet instant, la vignette des tricycles dont les moteurs ont une capacité de 200 et 175 m3 est fixée à 60.000 Fcfa par an. Par contre, ceux qui ont les motos qui ont une capacité de 150 m3, paient la vignette annuelle à 46.000 Fcfa. Les détenteurs d’engin a capacité de 125 m3 déboursent 33.000 Fcfa pour la vignette annuelle. L’association souhaite que la vignette revienne à 10.000 et 20.000 Fcfa, selon la capacité des engins.
Par ailleurs, les conducteurs de taxis tricycles souhaitent, de la part des autorités compétentes, un accompagnement pour professionnaliser le personnel. Sur ce point, ils préconisent l’instauration du permis de conduire pour davantage minimiser les accidents et leurs dommages. «Très généralement, les conducteurs de tricycles sont des gens non scolarisés. Ils ne connaissent pas le code de la route», confesse le premier responsable de l’association. « Si nous avons notre permis de conduire, je suis sûr qu’on ne va pas nous interdire certaines voies dans la ville de Bamako. Parce que nous n’allons pas créer de désordre», assure-t-il.
Ces chauffeurs de taxi tricycle remercient la Jeune chambre internationale (JCI) Bamako Elite. Dans son plan d’actions de lutte contre la pauvreté et le chômage au Mali, cette organisation a fait bénéficier aux conducteurs de tricycle des formations sur la protection civile et aux significations des différents panneaux de la circulation routière et leur respect.
Oumar DIAKITÉ

Source: Journal l’Essor-Mali

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