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[REPORTAGE]- Koulikoro : l'Huilerie cotonnière du Mali encore dans toutes les têtes

A Koulikoro, l’affaire de l’Huilerie cotonnière du Mali (HUICOMA) continue de défrayer la chronique. Au total, 954 travailleurs réclament toujours leurs « droits » aux autorités maliennes. Le montant du plan social s’élèverait à plus de 8 milliards FCFA. Dans la région, des centaines de familles désargentées.
Les installations de l’usine sont aujourd’hui dans un état de vétusté. Les machines rongées par la rouille. Le local, vers Kolèbougou, à l’entrée du centre-ville de Koulikoro, fortement délabré. Ambiance délétère pour une usine qui, entre les années 80 et 2000, était un lieu d’attroupement et d’attraction pour travailleurs, commerçants et autres saisonniers.
Dans cette ville, à une soixantaine de kilomètres de Bamako, les anciens de l’HUICOMA, retraités et compressés, sont remontés contre les autorités du pays. Quelques 950 anciens de l’huilerie cotonnière du Mali réunis au sein d’un collectif vivent une situation de précarité depuis leur départ « forcé » à la retraite, il y a douze ans. « Nous avons perdu notre dignité. Des chefs de famille ont abandonné leur famille, des divorces, des enfants déscolarisés. C’est désolant. Nous vivons dans l’extrême galère », s’alarme Kadidia Sanogo, membre du collectif.
« C’est l’HUICOMA qui empêchait les jeunes d’immigrer »
Dans cette région, l’usine était le poumon de l’économie locale. Les luttes se poursuivent, mais les résultats restent les mêmes. « Autre fois, la vie des Koulikorois était liée à l’usine HUICOMA. C’est l’HUICOMA qui empêchait les jeunes d’immigrer, permettait aux chefs de familles de prendre en charge les dépenses de la famille et l’éducation des enfants », se remémore une habitante. « Depuis que l’Etat a privatisé l’entreprise, toutes notre dignité a été bafouée, nos enfants sont aujourd’hui sans repère. Avec la privatisation, il y a eu plus de 45 à 50 cas de divorces », renchérit une autre, attristée.
Depuis des années, ces travailleurs organisent des sit-in interminables à la Bourse du Travail à Bamako, font des plaidoyers auprès des autorités et légitimités traditionnelles et religieuses. En vain. « Il faut que les autorités se rappellent qu’à un moment, ce sont ces mêmes travailleurs qui ont servi le Mali », glisse Mme Sanogo.
Protocole d’accord « piétiné »
Aujourd’hui, les regards se tournent vers le repreneur de l’usine, l’homme d’affaire malien, M. Alou Tomota. Selon M. Ibrahima Diarra, ancien travailleur de l’usine, M. Tomota a « piétiné toutes les clauses de la privatisation entre lui et l’État. » Le protocole d’accord en question a été signé le 30 mai 2010. Il oblige l’entrepreneur malien à mettre en place un plan social « dans les 60 jours » suivant l’acquisition. Chose qui n’a jamais été faite, selon les travailleurs.
Pourtant les termes du protocole sont clairs : l’acquéreur, M. Tomota, ne devait pas licencier le moindre employé avant une période de 18 mois, à partir de la date d’acquisition. Dans le cas contraire, il s’exposerait à des sanctions de la part des autorités : « il devait être pénalisé, chaque année, de 10% de la masse salariale annuelle. »
Dans la pratique, rien ne va se passer comme prévu. Au bout de six mois après l’acquisition, une première vague d’employés est licenciée. Au nez et à la barbe des autorités. Et aujourd’hui encore, l’homme d’affaire établi désormais en France, ne risque pas la moindre sanction, selon les anciens travailleurs de l’usine. Son point de vue sur l’affaire reste inchangé : il ne reconnaît aucun arriéré vis-à-vis des travailleurs.
Seydou TRAORE pour Mikado FM

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