Recette du ministre Diop pour lutter contre le terrorisme : « On ne peut pas assurer la sécurité ensemble si nos pays ne se font pas confiance ».
Meguetan Infos

A la faveur de la rencontre ‘’ la Stratégie Togo-Sahel’’, le ministre malien des Affaires étrangères et de la coopération internationale, Abdoulaye Diop, dans son discours, a brossé la nature de la crise sécuritaire qui plane sur la tête des peuples des pays du sahel avant de donner des palliatifs dont la mise en œuvre par tous, permettront à coup sûr, de venir à bout de cette crise.
Samedi à Lomé, a eu lieu la cérémonie de lancement de la nouvelle stratégie ‘’Sahel de la République togolaise’’. A cette occasion, comme lors des précédents rendez-vous de même genre, l’intervention la plus attendue était celle des pays du Sahel, de l’AES, plus précisément du Mali par la voix de son chef de la diplomatie, Abdoulaye Diop. Encore une fois, comme d’habitude, le Ministre Diop a éclairé la lanterne de l’assemblée par un message à la fois clair, poignant et instructif.
De prime abord, il a tenu d’adresser au nom des autorités de la transition du Mali, des remerciements au Gouvernement togolais pour la qualité de l’accueil réservé à lui et à sa délégation. Pour lui, cette rencontre prouve une nouvelle fois la volonté du Togo d’adapter son engagement aux nouvelles réalités géopolitiques et sécuritaires, en vue de renforcer la stabilité régionale et la coopération entre les pays du Sahel et ceux du Golfe de Guinée dans un environnement géopolitique et un monde en pleine mutation. C’est pourquoi, le Ministre Diop a tenu à saluer non seulement cette initiative renouvelée du Gouvernement togolais en faveur de la paix et de la sécurité sous-régionales, mais également sa décision d’associer aux travaux les parties prenantes, particulièrement les Etats du Sahel. Qui sont les premiers concernés et affectés par cette crise. « On ne peut pas raser la tête de quelqu’un en son absence » a synthétisé le Ministre Diop. Ce, dans l’optique de faire savoir que la prise en compte des besoins des Etats et des Peuples du Sahel, des attentes légitimes des populations et des défis que rencontrent les pays du Sahel, contribuera à la résolution des crises auxquelles notre région fait face.
Un diagnostic sans complaisance de la nature de la crise au Sahel
Le ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale, sans langue de bois a signifié que cette crise n’est pas née au Sahel. « Elle est la conséquence d’une succession d’évènements, certes internes pour certains mais externes pour la plupart, à l’image de l’intervention malheureuse atlantique en Libye » a-t-il affirmé. Avant de faire certaines clarifications sur la menace terroriste qui sévit dans notre sous-région. Ce, en vue de comprendre ses causes profondes, d’identifier ensuite les éléments qui entretiennent le terrorisme au Sahel, afin de mieux le combattre. Ce qui nécessite, dira le Ministre Diop, d’appréhender la crise de manière holistique, pas uniquement dans sa dimension sécuritaire, mais en intégrant également les aspects humanitaires, sociaux, économiques, institutionnels, de gouvernance et géopolitiques, géoéconomiques et géostratégiques entre autres. Cela conformément à la vision commune des trois Chefs d’Etat de la Confédération des Etats du Sahel, qui inscrivent leurs actions en se fondant sur le triptyque : Défense et Sécurité ; Diplomatie ; et Développement. Tout cela, dit-il, à travers une intégration renforcée.
Les puzzles manquants pour une coopération dynamique contre le terrorisme
Pour le Chef de la diplomatie malienne, cela ne fait l’ombre d’aucun doute : « la coopération internationale et particulièrement la coopération sous-régionale sont un atout considérable à l’atteinte de nos objectifs communs de paix et de sécurité ». Cependant, dira-t-il, il faut des préalables. Notamment créer la confiance. « La nécessité pour certains Etats de la région de cesser le soutien à des groupes terroristes ou l’utilisation de leur territoire pour déstabiliser les voisins » a clamé le Ministre Diop. En insistant encore une fois à l’endroit de ces Etats de « cesser d’accueillir des forces étrangères hostiles engagées dans des actions de déstabilisation ou de subversion des Etats voisins », il a invité d’avoir la même définition du terrorisme. Car pour lui, la nature fluctuante de la lutte contre le terrorisme amène à constater que le terrorisme est désormais soutenu ou financé par certains Etats de la région ou des Etats extérieurs à notre région. C’est pourquoi, le maître mot dans cette situation, reste aux dires du Ministre Diop, la construction de la confiance. D’ailleurs, dira-t-il, l’absence de confiance a entrainé le manque de cadre unique entre les Etats de la sous-région pour permettre de travailler dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.
Les recettes ou solutions pour le retour de la sécurité
Abdoulaye Diop, toujours dans son allocution a dégagé un certain nombre de pistes de solutions pour le retour de la stabilité dans la sous-région.
A cet effet, dans un premier temps et de façon pragmatique, il a invité d’envisager des collaborations sur une base bilatérale là où c’est possible, là où il y a la confiance, pour ensuite élargir la base de cette confiance. Car, soutient-il : « On ne peut pas assurer la sécurité ensemble si nos pays ne se font pas confiance ».
Dans un deuxième temps, il a préconisé de travailler à établir de nouveaux mécanismes de coopération sécuritaire endogènes sous le leadership africain, financés par les Africains et contrôlés par des Africains.
Enfin pour la stabilisation de la région, notamment pour ceux prônent des coopérations internationales, le ministre malien des Affaires étrangères, suggère lors des interventions internationales et régionales, de placer la vision, les choix, les priorités, les attentes et préoccupations des principaux concernés au centre de toute intervention. « Nous veillons ainsi d’une part, à l’implication nationale, essentielle au succès de toute initiative extérieure, et d’autre part, au respect de la souveraineté des Etats. Les interventions de nos partenaires doivent soutenir l’action gouvernementale des Etats du Sahel, plutôt que de tenter de se substituer à nos Etats » a déclaré le Ministre Abdoulaye Diop. Sans manquer d’indiquer que ces interventions extérieures doivent tirer les leçons et tenir compte des limites voire des échecs du passé. « Elles doivent sortir des modèles qui imposent et perpétuent la dépendance. Nous devons innover… », a-t-il insisté.
Moustapha Diawara
Le Sursaut




