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Tiken Jah Fakoly face à ses contradictions panafricanistes

Meguetan INFOS.

Un certain recul se fait sentir dans le discours panafricain de Tiken Jah Fakoly à la suite de sa récente sortie médiatique sur l’Alliance des États du Sahel (AES). Des propos qui interrogent, d’autant plus qu’ils émanent d’une figure emblématique du reggae africain, longtemps perçue comme un porte-voix des luttes de libération et de l’unité du continent.

Dans cette déclaration, l’artiste affirme notamment que « l’AES, ce sont trois pays avec trois présidents » et que cette alliance servirait essentiellement à éviter la tenue d’élections. Une lecture réductrice, voire approximative, qui tranche avec l’héritage idéologique qu’il revendique depuis des décennies.

Le Tiken Jah que l’Afrique connaît s’est toujours inscrit dans la lignée de figures historiques telles que Bob Marley, Marcus Garvey ou Haïlé Sélassié, tous défenseurs d’un panafricanisme fondé sur l’unité, la souveraineté et la dignité des peuples africains. Marcus Garvey, en particulier, portait une vision globale du rassemblement des Noirs à travers le monde, incarnée par son célèbre « Back to Africa », appel à la réappropriation du destin africain.

Or, l’Alliance des États du Sahel s’inscrit précisément dans cette dynamique de rupture avec les schémas hérités de la domination extérieure. Loin d’être un État fédéral unique, l’AES se présente comme une confédération, un cadre de coopération entre États souverains. À l’image de l’Union européenne – composée de 27 pays dotés chacun de leurs propres institutions et dirigeants – une confédération ne remet nullement en cause l’existence de chefs d’État nationaux.

En ce sens, confondre confédération, fédération et État unitaire relève d’un amalgame que l’on aurait difficilement attendu d’un homme aussi cultivé et engagé que Tiken Jah Fakoly. Le panafricanisme exige rigueur intellectuelle et discernement politique.

Quant à l’argument selon lequel l’AES serait un prétexte pour refuser les élections, il mérite également d’être nuancé. Le choix des trajectoires politiques demeure une prérogative souveraine de chaque État. Les pays membres de l’AES revendiquent aujourd’hui un souverainisme assumé, motivé par la volonté de rompre avec des systèmes imposés, souvent incompatibles avec leurs réalités et régulièrement dénoncés comme des freins au développement. Ces mêmes systèmes ont pourtant longtemps bénéficié du soutien idéologique de l’artiste ivoirien.

Dès lors, une contradiction apparaît : comment défendre le panafricanisme tout en s’alignant, consciemment ou non, sur des narratifs qui perpétuent la dépendance et la soumission néocoloniale ?

Figure influente et conscience morale pour une frange de la jeunesse africaine, Tiken Jah Fakoly porte une responsabilité particulière. Il lui revient de donner des exemples cohérents, de clarifier ses positions et d’éviter les confusions qui fragilisent le combat qu’il a lui-même contribué à populariser.

Le panafricanisme ne saurait être à géométrie variable. Il appelle constance, lucidité et fidélité à ses principes fondateurs : l’unité, la souveraineté et l’émancipation réelle de l’Afrique.
Nayté

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