Sécurité: Terrorisme et campagne agricole, une menace silencieuse contre la survie des communautés rurales
Meguetan Infos
L’installation progressive de l’hivernage au Mali marque traditionnellement le début d’une période d’espoir pour des millions de producteurs agricoles. C’est le moment où les paysans préparent leurs champs, réorganisent leurs exploitations et ramènent vers les villages les bœufs de labour, indispensables aux travaux agricoles. Pourtant, dans plusieurs localités du pays, notamment au centre du Mali, cette saison qui devrait être synonyme de renouveau est aujourd’hui assombrie par une nouvelle stratégie des groupes armés terroristes.
Depuis quelques semaines, les attaques visant les animaux de traction se multiplient. Les terroristes semblent avoir compris l’importance capitale de ces bœufs dans l’économie rurale. En les enlevant, ils ne privent pas seulement les familles de leurs biens ; ils compromettent directement leur capacité à cultiver leurs terres et à assurer leur subsistance.
L’attaque récente de Madiama, dans le cercle de Djenné, en est une parfaite illustration. Selon plusieurs témoignages, l’objectif principal des assaillants était l’enlèvement des bœufs de labour. Grâce à la résistance des défenseurs locaux, les animaux ont pu être récupérés. D’autres villages n’ont cependant pas bénéficié de la même chance. À Thièn, plus d’une trentaine de bœufs auraient été emportés. Le lendemain encore, les localités de Sarantomo et Bougoula ont subi des attaques d’une ampleur inquiétante.
Derrière ces actes se dessine une logique redoutable : affaiblir l’économie rurale, réduire les capacités de production agricole et installer progressivement l’insécurité alimentaire. Il ne s’agit plus seulement d’une guerre contre les hommes, mais d’une guerre contre les moyens de production et contre les conditions mêmes de survie des populations.
Cette situation soulève également la question du rôle des groupes d’autodéfense traditionnels, notamment les Dozos. Dans plusieurs zones rurales, ces derniers constituent souvent la première ligne de défense des villages. Or, les restrictions actuelles concernant la circulation des motos de grosse cylindrée compliquent considérablement leur mobilité et leur capacité de réaction face à des attaques souvent menées par des colonnes de plusieurs dizaines, voire centaines d’assaillants.
Selon les Dozos, l’impossibilité de se déplacer rapidement limite l’arrivée des renforts entre villages voisins lorsque l’un d’eux est attaqué. Ils demandent ainsi aux autorités d’examiner leur situation afin de trouver un mécanisme permettant de concilier les impératifs sécuritaires avec les besoins de défense des communautés rurales.
Au-delà du débat sur les moyens à accorder aux groupes d’autodéfense, l’enjeu principal demeure la protection de la campagne agricole. Si les attaques contre les producteurs et leurs animaux de labour se poursuivent, les conséquences pourraient être lourdes : baisse des superficies cultivées, diminution des récoltes, aggravation de l’insécurité alimentaire et impact négatif sur l’économie nationale.
Face à cette menace, il devient urgent que l’État, les forces de défense et de sécurité ainsi que les communautés locales renforcent leur coordination pour préserver les capacités de production agricole. Car défendre l’agriculture aujourd’hui, c’est aussi défendre la souveraineté nationale.
La bataille des champs et de la sécurité devient donc des impératifs de l’Eta malien. Les deux combats sont désormais intimement liés.
La Rédaction.




