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La révolte de Makanfing Konaté contre Maitre Boubacar Karamoko Coulibaly.

 
Petite mise au point à l’attention de Maître Boubacar Karamako Coulibaly.

Ce vendredi, je me trouvais dans le bureau d’un conseiller technique au Ministère de l’économie numérique et de la communication, lorsque mon attention fut attirée par ce dernier sur une rumeur qui se révéla fondée par la suite. Il s’agissait de la disparition brutale du très regretté Maître Abdoulaye GARBA TAPO. Qu’il me soit permis de m’incliner très pieusement devant la mémoire de l’illustre disparu. Dans sa riche vie et dans ma modeste carrière de journaliste, j’ai eu la chance une seule fois de pratiquer l’homme. C’était à la faveur d’une conférence débat qu’il avait animée à l’ex ENA, à l’époque Faculté des Sciences Juridiques et Économiques. C’était peu après son passage dans le gouvernement. De cette unique rencontre je garderais de l’homme un souvenir inaltérable tant il m’est apparu d’une densité intellectuelle, d’une modestie, d’une liberté d’esprit et de parole incommensurables. Plus d’une décennie après malgré les vicissitudes de la vie ; Maitre Abdoulaye GARBA TAPO, est demeuré cet homme d’une grandeur exceptionnelle dans tous les sens du mot. Nul doute que le Mali perd en lui un homme d’État aux qualités rarement égalées. A peine, je me remets de mes émotions, j’apprends à travers les mêmes réseaux sociaux Facebook notamment, que l’homme a été inhumé dans l’indifférence totale de la République. J’assiste alors interloqué à une vague d’indignation. D’aucuns s’en prenant à l’ORTM, d’autres au gouvernement voire au Président de la République J’ai lu beaucoup de réactions à ce sujet. Une des ses réactions a particulièrement attiré mon attention. C’est celle de Maître Boubacar Karamoko, Coulibaly, que j’appelle affectueusement « Citoyen ». Avocat de son état, ancien Ministre de la République, ancien ambassadeur, et président de parti politique, j’en oublie. J’ai donc pris sur moi la liberté de répondre à Maître Boubacar Karamoko Coulibaly, d’abord en tant que citoyen malien, ensuite en tant que journaliste travaillant pour le compte de l’ORTM. J’ai été profondément choqué par votre réaction Maître Boubacar Karamako Coulibaly. Je m’autorise l’impertinence de vous rappeler à l’ordre et de vous mettre en face de vos propres contradictions et surtout de votre responsabilité personnelle dans cette absence d’hommage national à celui qui fut Ministre de la République garde des sceaux. Mais avant, je tiens à me soumettre à cette tradition qui veut que lorsqu’un cadet offense un aîné, le premier encourt le risque de payer des amendes. Aussi, je me refugie auprès du doyen Gaoussou Drabo, que je désigne comme arbitre et me soumettrais volontiers à la sentence qu’il aura fixée. En tant qu’agent de l’ORTM, j’admets que l’absence de la télévision nationale aux obsèques d’un ancien ministre de surcroit un ancien garde des sceaux, est une ratée. Cependant il y a nuance à toute chose pour qui cherche à établir la vérité. Lorsque j’ai lu votre poste sur facebook, Maître Coulibaly, je me suis empressé d’appeler les différents responsables du journal télévisé pour comprendre pourquoi, l’ORTM n’a pas couvert les obsèques d’un ancien Ministre de la République. Après recoupement, je me rends compte que notre pays court un grave danger tant nous nous sommes laissés déshumanisés. En effet les réseaux sociaux sont entrain de nous prendre le peu d’humanité, le peu de sens de la responsabilité et le peu d’esprit Républicain qui caractérisait un temps pas si lointain le citoyen malien.
Voici les faits :
1- Maitre Abdoulaye GARBA TAPO, nous a quittés le vendredi. La nouvelle s’est rependue sur les réseaux sociaux dans l’après midi. Ce jour, le Directeur Général de l’ORTM était en déplacement à l’intérieur, le chef de la division information de la télévision nationale aussi était en permission à l’intérieur du pays. Mais jusqu’à l’heure où je publie ces quelques lignes, aucun communiqué officiel n’a annoncé le décès de l’ancien garde des sceaux.
2- Aucun communiqué officiel, aucun message de condoléance, ni du gouvernement, ni de la classe politique, ni du barreau, ni de la famille n’est parvenu à l’ORTM.
3- Personne, du barreau, ni du gouvernement, ni de la classe politique, ni de la famille Tapo, n’a informé l’ORTM de la date et du lieu des obsèques de Maitre Abdoulaye GARBA TAPO.
4- Au moment des obsèques, personne n’a eu la présence d’esprit de passer un coup de fil à un simple agent, au Directeur Général ou à n’importe quel responsable de l’ORTM pour signaler l’absence de l’organe d’État aux obsèques d’un ancien Ministre de la République.
5- En général lorsqu’un ancien haut cadre de l’état meurt, s’il est médaillé, le plus souvent c’est la grande chancellerie des ordres nationaux qui avertit l’ORTM. Maître TAPO, n’était pas médaillé. (Hélas !) Cependant il méritait la présence de l’ORTM à ses obsèques à condition que quelqu’un, n’importe qui ait pris le soin d’en aviser ne serait ce qu’un simple agent qui se serait fait le devoir de faire remonter l’information à qui de droit. Cela n’a pas été fait dans le cas présent.
6- Maitre TAPO, à ma connaissance a été inhumé le samedi. Pour qui connait l’ORTM, et particulièrement en cette période de fièvre de précampagne d’élection présidentielle, les rédactions reçoivent en moyenne une trentaine de demande de reportage les samedis. Ce samedi 14 Avril la rédaction du JT a enregistré 48 demandes de reportage sans compter les rajouts de dernière minutes, mais pas une seule pour les obsèques de l’ancien Ministre.
Ceci dit j’en viens à l’objet de mon interpellation ou du moins à mon accusation. Oui j’accuse maître Boubacar Karamoko Coulibaly d’être l’un des responsables parmi tant d’autres, de l’absence d’hommage national à l’endroit de l’illustre disparu. Je m’explique.
Maître Coulibaly, cher ainé, Je crois savoir que vous êtes chef de parti politique. Maitre TAPO en était un aussi. Je crois savoir que vous êtes encore inscrit au Barreau malien. Maître TAPO, l’était aussi. Vous êtes ancien Ministre. Maître TAPO, l’était également. Alors expliquez-moi, qu’avez-vous fait ? En tant qu’homme d’État, en tant que grand Républicain, en tant que Président de parti, en tant qu’avocat, qu’avez-vous fait pour que la nation rende à cet illustre disparu l’hommage qu’il méritait ?
Vous vous êtes empressé de mettre l’ORTM sur le banc des accusés. Pourtant il aurait suffit que le Président de Parti que vous êtes, que l’avocat que vous êtes, membre du Barreau, que l’ancien Ministre que vous êtes, que l’ancien ambassadeur que vous êtes, signe un communiqué lui rendant hommage et le dépose à la rédaction du journal télévisé pour qu’un hommage lui soit rendu. Mais vous vous êtes abstenu de le faire. Mieux, il aurait fallu tout simplement, au moment où vous avez constaté l’absence d’une équipe de l’ORTM aux obsèques, que vous attiriez l’attention d’une tierce personne à l’ORTM pour qu’une équipe soit diligentée sur le lieu des dites obsèques. Or dieu seul sait, que si c’était un meeting du MC-CDR, le rédacteur en chef n’aurait pas eu de sommeil tant il aurait été harcelé pour les rappels incessants. J’insiste sur cet aspect.
Alors expliquez moi pourquoi, encore à l’instant où j’écris ces quelques lignes, aucun parti parmi les 150 ou plus, formations politiques au Mali, n’a daigné envoyer un simple communiqué de presse relatif au décès de cet homme d’État dont on vante tant les qualités aujourd’hui ?
Comment comprendre, qu’aucune formation politique, n’ait pensé publier un communiqué de presse, je ne parle pas des avis et communiqués, mais un communiqué de presse destiné à être lu dans le journal télévisé ?
Il est très simple, de verser des larmes de crocodiles, de faire l’indigné sur les réseaux sociaux, voire d’accuser ceux qui sont au pouvoir aujourd’hui, d’avoir failli à un devoir. Un vrai républicain, n’aurait pas permis que cela se produise. Un vrai républicain aurait agit en amont.
Mais hélas dans le Mali que nous avons déshumanisé, et que nous contribuons tous à détruire, on préfère toujours accuser l’autre sans se remettre en cause soit même. Le Mali devrait-il se résumer aujourd’hui à cette hypocrisie et à cet égocentrisme exacerbé qui font qu’aujourd’hui nous oublions qui nous fûmes ? Je suis convaincu que non !
Très certainement les formations politiques sont tellement préoccupées par la présidentielle à venir qu’elles n’ont pas remarqué qu’un des leurs, un chef de parti et un potentiel candidat à l’élection présidentielle venait de nous quitter.
Je me permets de vous raconter cette anecdote, cher aîné. Il y a pas longtemps nous avons perdu Babou Timbely, un grand homme de culture. Babou TIMBELY que j’ai également eu la chance de côtoyer dans le cadre professionnel, a participé à toutes les grandes réalisations cinématographiques du Mali. Mais il n’a jamais reçu de distinction honorifique ni de son vivant ni à titre posthume. Lorsque, j’ai appris le décès de Babou TIMBELY, je suis aussitôt allé chercher une séquence de lui dans nos archives que j’ai fait diffuser le même soir dans le journal de 20H, pour annoncer son décès. Ce jour là, je n’avais le contact d’aucun membre de sa famille. J’ai piqué l’information sur la page facebook d’un jeune dogon, qui m’a même accusé de plagiat à l’époque. Pour cela je n’ai pas reçu d’ordre, je n’ai pas attendu sa famille. J’ai pris tout seul l’initiative et la rédaction l’a approuvée. Mieux, je me suis porté volontaire pour aller couvrir les obsèques de Babou Timbely paix à son âme. Au moment où je cherchais des témoignages on m’a proposé un jeune dogon qui n’a aucun mérite comparé à Babou Timbely, il était pourtant chevalier de l’ordre national du mérite et Babou était parti sans la moindre reconnaissance, ce jour, il n’y avait même pas un représentant du Ministère de la Culture à ses obsèques. Pourtant cela ne nous a pas empêché de lui rendre l’hommage qui lui sied. Pour moi il était très important, que cette icône du cinéma malien reçoive un hommage digne de son engagement pour la patrie. C’était pour moi un devoir républicain.
De la même manière, je suis sûr que parmi les journalistes de l’ORTM, il se trouve des anciens élèves de Maître Abdoulaye GARBA TAPO, qui auraient été très fiers de lui rendre un hommage.
Pour finir Maître, il n’est pas tard pour nous tous de rendre un hommage sincère et dépassionné à notre très cher regretté maître Abdoulaye Garbo TAPO dont la principale caractéristique était l’humilité. Bien que je sois en congé de formation, si vous organisez cet hommage, je me ferais le devoir de le couvrir et de le faire diffuser sur l’ORTM.
En fin, cette tribune est une initiative personnelle. Je n’ai consulté qui que ce soit à l’ORTM. Donc je ne parle pas au nom de l’ORTM, mais au mien. Par conséquent j’assume l’entière responsabilité des propos contenus dans cette tribune.
Makanfing KONATE, Journaliste Reporter d’images.

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