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Oumar MC Koné, président de la MARE : « Il faudrait… dans la nouvelle constitution … un mécanisme pour déchoir un président de la République qui ne fait pas son travail »

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La Mission d’appui à la refondation de l’Etat (MARE) est un instrument institutionnel placé auprès du ministre de la refondation de l’Etat. Elle est spécifiquement chargée d’élaborer tous les avant-projets touchant le fonctionnement des institutions. Cette mission est dirigée par Oumar MC Koné. Il nous explique les grandes lignes de la refondation.

 C’est quoi la refondation de l’Etat ?

Actuellement, il y a eu une appropriation nationale du terme de la refondation. Mais, dans certains cas, des gens nous interpellent toujours. La refondation est basée sur un axe de rupture avec la mauvaise gouvernance qui se manifeste le plus souvent par la corruption, le clientélisme, le népotisme etc., qui ont gangréné notre administration.

C’est la rupture avec les mauvaises habitudes dans le but de trouver de nouveaux équilibres à travers les réformes politiques et institutionnelles, en travaillant sur le comportement du citoyen malien.

Il faudrait que le comportement du citoyen malien change pour quitter le champ de l’incivisme et prendre les préoccupations nationales en main. Cette refondation va se faire à travers des pratiques endogènes, c’est-à-dire des valeurs qui ont bien marché chez nous en Afrique, mais que nous avons laissées tomber sans raison valable. Et ce sont de bonnes valeurs qu’il faudrait ramener dans nos textes puisque nous avons cette culture.

Exemple : au niveau de la sécurité, quand vous allez dans nos villages, vous ne verrez aucune institution de sécurité de l’Etat. Et pourtant, ça fonctionne bien. Quand vous venez, on vous dit d’aller saluer le chef de village qui vous demande votre nom, vote origine, l’objet de la visite et la durée de votre séjour. Il est en train de faire presque une enquête policière. C’est cette notion qui ressort dans les recommandations des ANR (Assises nationales de la refondation) de mettre en place un « Haut conseil des autorités traditionnelles religieuses et coutumières. Donc c’est une réappropriation d’une de nos valeurs endogènes.

Le cousinage à plaisanterie, « le Sinankouya », en est aussi un exemple. La refondation est une reprise de la fondation. Si on ne le fait pas, la maison va s’écrouler. Ça commence dès maintenant et va se quantifier au bout d’une génération.

Quelles sont les grands axes de la refondation de l’Etat ?

C’est un long parcours. Ça commence dès maintenant et finira dans 25 à 30 ans. Les grands axes, prioritairement, c’est basé sur la sécurité. Parce qu’un pays sans sécurité ne peut rien faire. C’est de consolider notre outil de sécurité. Ce sont les Maliens qui vont dire : nous avons besoin de tel type d’armement pour notre armée pour améliorer son fonctionnement.

Le deuxième axe, c’est bien entendu les réformes politiques et institutionnelles. Parce que notre constitution, certains ne veulent pas qu’on en parle, a atteint ses limites.

Par exemple, avec le mouvement populaire du M5-RFP (Mouvement du 5 juin-Rassemblement des forces patriotiques), qui a demandé de déchoir l’ancien président de la République Ibrahim Boubacar Keita.

Il faudrait penser dans la nouvelle constitution à un mécanisme pour déchoir un président de la République qui ne fait pas bien son travail. Que le président de la République prête serment sur sa croyance religieuse. Le musulman sur le « Coran », le chrétien sur la « Bible » etc. Aussi, enlever certaines fortes dispositions dans ses prérogatives notamment la sélection des membres de la Cour constitutionnelle ; mettre une barrière franche entre l’Assemblée nationale et l’exécutif.

Parce qu’on dit que la République est basée sur ces trois pieds : l’exécutif, le parlement et le pouvoir judiciaire. Que la justice soit juste et transparente ! Que le Malien lambda se sente protégé par sa justice. Ensuite, une gouvernance vertueuse. Cela se traduirait dans la stabilité sociale.

Dans cette stabilité sociale, il faut revoir les salaires en augmentation. Cela va aussi jouer sur les conflits sociaux notamment les grèves. Il faut respecter les droits de chacun. Il faut harmoniser les salaires et donner un bon salaire surtout aux Maliens.

Revaloriser par exemple des corps comme celui de l’enseignement. Parce que l’enseignement est fondamental dans le fonctionnement et le développement d’un pays. Donner une bonne formation aux enseignants afin qu’ils puissent donner une bonne formation aux élèves et étudiants. On a initié dans ce sens un projet de loi qui va valoriser les appels à candidatures pour les grands postes de l’Etat.

Le dernier axe qui correspond plus ou moins au PAG (Programme d’action gouvernemental). C’est quand on a une stabilité de faire les bonnes élections. Et, d’ailleurs, l’installation de l’AIG (Autorité indépendante de gestion des élections au Mali) se fera en ce sens. Et l’AIG sera décentralisée.

La direction nationale à Bamako, avec ses grandes directions, mais aussi, dans chaque région, cercle, commune et dans les zones de résidence des Maliens établis à l’extérieur.  Ce sont les axes forts de la refondation qui touchent tous les secteurs notamment l’agriculture, la santé, l’éducation, l’urbanisme, la géostratégie.

Il faudrait que le Malien décide avec qui il veut installer une coopération. Souvent on dit dans les textes de diversifier notre coopération militaire. C’est-à-dire qu’aucun pays ne prenne le Mali comme sa chapelle ou sa mosquée. Le Mali sera libre d’orienter sa politique de sécurité comme il veut.

Donc il faut avoir cette indépendance, mais aussi de façon large, c’est faciliter aussi dans la géostratégie une diplomatie gagnant-gagnant tournée sur le développement du Mali. Et puis, ne plus accepter le diktat des 20% sur la production d’or. Il faudra que le Mali sache qu’il est le troisième producteur d’or dans le monde.

Que le Malien n’ait plus de complexe ! Nous avons été dans les mêmes écoles que ces Occidentaux et, d’ailleurs même, nous les avons damés sur ces bancs. Donc, maintenant, le Malien n’a aucun complexe de revendiquer sa position dans la géostratégie nationale et internationale.

Nous serons libres dans nos coopérations, libres de trouver notre voie de développement, libres de choisir nos amis au niveau de la coopération militaire. Ce sont des axes forts que le Mali doit consolider et sans complexe.

Mantan Koné

Le Wagadu

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