
15 octobre 1987 – 15 octobre 2026 : une vision que le temps n’a pas effacée
La disparition d’un homme ne suffit pas à faire disparaître ses idées. Certaines visions survivent à leurs auteurs, traversent les générations et finissent par devenir des références pour des peuples en quête de liberté, de justice et de dignité. Ernesto Che Guevara, Modibo Keïta, Patrice Lumumba, Bob Marley et Thomas Sankara appartiennent, chacun à sa manière, à cette mémoire collective qui continue de nourrir les aspirations de millions d’Africains.
Trente-neuf ans après l’assassinat de Thomas Sankara, le 15 octobre 1987, son nom demeure associé à un idéal de souveraineté, de justice sociale et d’émancipation du continent africain. Celui que l’histoire a consacré comme le « président révolutionnaire » du Burkina Faso a été brutalement arraché à son peuple. Mais sa mort n’a pas enterré ses ambitions. Elle a plutôt contribué à renforcer, chez une partie de la jeunesse africaine, la conviction que la liberté et le développement ne peuvent durablement reposer sur la dépendance.
Thomas Sankara ne concevait pas le développement comme une simple importation de modèles étrangers. Pour lui, l’Afrique devait d’abord compter sur ses propres forces, valoriser ses ressources humaines, exploiter intelligemment ses richesses naturelles et bâtir des économies capables de répondre aux besoins de ses populations.
Son combat reposait sur des principes fondamentaux : la souveraineté politique et économique, la lutte contre la corruption, la promotion de la production locale, l’émancipation des femmes, la justice sociale et la responsabilisation des citoyens.
Sa critique de l’endettement extérieur constituait également un élément central de sa pensée. Il dénonçait les mécanismes susceptibles d’enfermer les États africains dans une dépendance durable et de limiter leur capacité à décider librement de leur avenir.
Ces idées, portées dans un contexte historique particulier, résonnent encore aujourd’hui dans les débats sur la gouvernance, les partenariats internationaux et les choix économiques des pays africains. Elles posent une question essentielle : comment construire un développement véritablement africain sans sacrifier la liberté de décision des peuples ?
Trente-neuf ans après la disparition de Sankara, les dynamiques politiques au Sahel donnent une nouvelle actualité aux débats sur la souveraineté africaine. L’Alliance des États du Sahel (AES), réunissant le Burkina Faso, le Mali et le Niger, s’inscrit dans cette volonté affichée de redéfinir les relations avec les partenaires extérieurs et de renforcer l’autonomie politique, sécuritaire et économique des États membres.
Pour de nombreux partisans du panafricanisme, cette orientation rappelle certains combats défendus par Thomas Sankara : la nécessité de décider par soi-même, de défendre les intérêts nationaux et de rechercher des réponses africaines aux défis africains.
L’AES apparaît ainsi, aux yeux de ses défenseurs, comme l’une des expressions contemporaines de cette aspiration à la souveraineté.
L’un des grands enseignements de la pensée sankariste réside dans la conviction que les peuples africains ne peuvent peser durablement sur la scène internationale en restant divisés. La fragmentation politique et économique du continent constitue un obstacle à la défense de ses intérêts collectifs.
L’unité africaine ne doit donc pas rester un slogan. Elle doit se traduire par des échanges commerciaux plus dynamiques entre les pays, des infrastructures transfrontalières, une coopération scientifique renforcée et des mécanismes de solidarité capables de soutenir les économies les plus fragiles.
Dans cette perspective, les initiatives régionales, dont celles portées par l’AES, peuvent contribuer à ouvrir de nouvelles voies de coopération. Leur réussite dépendra toutefois de leur capacité à dépasser les déclarations politiques pour produire des résultats concrets, mesurables et bénéfiques aux populations.
L’Afrique a besoin de dirigeants capables de défendre ses intérêts, mais également d’institutions solides, d’une gouvernance responsable et d’une jeunesse formée, libre de penser et de participer aux décisions qui engagent son avenir.
La Rédaction.




