
Au Mali, un nouveau phénomène fait actuellement sensation sur les réseaux sociaux. Il s’agit de 42 Dog Man, un jeune artiste au style pour le moins atypique, qui s’est imposé progressivement dans l’univers du divertissement à travers un concept musical et visuel qui intrigue autant qu’il amuse.
De prime abord, difficile de comprendre le personnage. Un rap au récit difficilement audible ou compréhensible, un style vestimentaire extravagant, des chaînes et colliers en abondance, des montres portées de manière décalée, une coiffure atypique et une mise en scène largement inspirée de certains codes du rap américain des années 1990 : tout semble avoir été pensé pour attirer le regard.
Mais ce qui distingue surtout 42 Dog Man est son apparence scénique. Le jeune homme apparaît régulièrement comme un malade, parfois sous perfusion, avec une poche de sérum accrochée au bras et un accompagnateur à ses côtés. Il se présente également, à certaines occasions, en fauteuil roulant. Une mise en scène qui constitue aujourd’hui l’un des éléments les plus reconnaissables de son personnage.
D’un simple buzz à un véritable phénomène
Au départ, beaucoup pouvaient considérer 42 Dog Man comme un simple phénomène passager, voire comme une plaisanterie destinée à attirer quelques secondes d’attention sur les réseaux sociaux. Mais le personnage a progressivement dépassé ce cadre.
Ses passages sur différents plateaux médiatiques, la multiplication des challenges et les reprises de son concept par des internautes ont considérablement accru sa notoriété. La participation de grandes figures de la musique malienne, à l’image de Sidiki Diabaté, à cette dynamique a également contribué à amplifier le phénomène.
Aujourd’hui, 42 Dog Man est invité dans des rassemblements et événements populaires. Un seul univers musical, un style particulier et un personnage facilement identifiable semblent suffire à entretenir une popularité qui ne cesse de grandir.
Quand le spectacle devient un message potentiel
Au-delà du caractère amusant ou déroutant du phénomène, une question mérite cependant d’être posée : que peut-on faire de cette popularité ?
La mise en scène de la maladie et de la perfusion constitue justement une porte d’entrée intéressante pour les acteurs de la santé publique. Le phénomène pourrait être utilisé pour transmettre des messages de prévention à une population jeune, particulièrement présente sur les réseaux sociaux.
Au Mali, où le paludisme demeure un important problème de santé publique, les structures et programmes engagés dans la lutte contre cette maladie pourraient notamment s’intéresser à cette nouvelle popularité. Sans dénaturer le personnage ni transformer l’artiste en simple outil de communication, son influence pourrait être mise au service de messages simples : dormir sous moustiquaire imprégnée, consulter rapidement en cas de fièvre, éviter l’automédication et surtout adopter les bons comportements de prévention.
42 Dog Man, un influenceur malgré lui ?
C’est peut-être là tout l’intérêt du phénomène. 42 Dog Man n’est pas nécessairement devenu populaire parce qu’il répond aux standards classiques de la musique ou du divertissement. Il a créé un personnage, une identité visuelle et un univers qui ont suscité la curiosité.
Et dans l’univers numérique actuel, la curiosité est souvent le premier moteur de l’audience.
Cette situation devrait interpeller les communicateurs, les organisations de jeunesse, les acteurs culturels et surtout les structures de santé. Plutôt que de regarder ce phénomène uniquement avec amusement ou incompréhension, pourquoi ne pas chercher à comprendre ce qui explique son succès et comment cette audience pourrait être orientée vers des causes utiles ?
Un signal à saisir
Le phénomène 42 Dog Man pose finalement une question plus large : à qui appartient l’audience lorsqu’un artiste devient viral ?
Elle appartient d’abord à l’artiste et à son public. Mais elle constitue également une opportunité pour tous ceux qui cherchent à faire passer des messages d’intérêt général.
Si 42 Dog Man attire aujourd’hui des milliers de regards, les acteurs de la santé pourraient, à leur tour, attirer ces regards vers des messages qui sauvent des vies.
Encore faudrait-il que les institutions soient suffisamment réactives pour comprendre les nouveaux codes de communication et accepter de dialoguer avec des figures issues de ces nouveaux univers.
42 Dog Man est peut-être un phénomène de divertissement. Mais il pourrait aussi devenir, avec un accompagnement approprié, un phénomène de sensibilisation.
La question n’est donc peut-être plus de savoir « pourquoi 42 Dog Man ? », mais plutôt : « que peut-on faire de 42 Dog Man ? »
La Rédaction




