Exode féminin vers Bamako : les ressorts d’une migration domestique
Meguetan Infos

Elles viennent de différentes localités du Mali. Jeunes, parfois mineures, elles quittent leurs familles pour travailler comme aides-ménagères à Bamako. Dans le quartier de N’Tomikorobougou, leurs parcours se croisent, mais leurs motivations diffèrent : fuir les violences, échapper à l’insécurité ou simplement suivre une tradition familiale. Trois témoignages racontent pourquoi la capitale continue d’attirer ces jeunes filles.
« Je n’avais pas le choix »
Sous le soleil de N’Tomikorobougou, Sadio Diarra, 26 ans, étend du linge dans une concession. Originaire de Banamba, elle est arrivée à Bamako il y a six mois.
Son départ est lié à des difficultés conjugales. « Je suis venue à Bamako à cause de la famille de mon mari. Avec les querelles, ils me maltraitaient. Ma belle-mère me faisait tout faire », raconte-t-elle.
Dans son village, le retour chez les parents après un divorce est difficilement accepté. « Même s’ils nous font du mal, nos parents n’acceptent jamais qu’on revienne à la maison. Un jour, j’ai pris mes bagages et je suis venue directement à Bamako. Ce n’était pas mon intention, mais je n’avais pas le choix », explique-t-elle.
Aujourd’hui, Sadio travaille comme aide-ménagère. Malgré quelques malentendus avec sa patronne, elle affirme être satisfaite de sa situation.
« Ma mère m’a envoyée pour me protéger »
Bintou Coulibaly, 15 ans, est originaire de Namasso, près de Ségou. Elle travaille également comme aide-ménagère à N’Tomikorobougou.
Son arrivée à Bamako est directement liée à l’insécurité dans son village. « Je suis venue à Bamako à cause de ma mère. À cette période, il y avait beaucoup de djihadistes dans notre village. Ma mère avait peur qu’ils s’en prennent aux jeunes filles », témoigne-t-elle.
Sa mère a donc décidé de l’éloigner du village. Une décision que Bintou dit avoir acceptée sans réellement la souhaiter.
« Jusqu’à présent, j’ai envie de retourner au village. Ma mère me manque beaucoup », confie-t-elle.
« À San, venir à Bamako est une tradition »
À 18 ans, Fatoumata Sanogo, originaire de San, considère son arrivée à Bamako comme une étape presque normale dans la vie des jeunes filles de sa localité.
« L’idée vient de mes parents et de moi-même. Chaque année, on vient à Bamako. Cela a commencé avec nos grandes sœurs et se poursuit avec notre génération », explique-t-elle.
L’objectif est avant tout économique. « On vient à Bamako pour travailler et gagner de l’argent. Cet argent sert à acheter les affaires nécessaires pour le mariage : les habits, les ustensiles et d’autres choses », précise-t-elle.
Mais derrière cette pratique se trouve aussi une forte pression sociale. « Dans notre village, c’est comme un concours entre les jeunes filles. Si tu viens à Bamako et que tu ne repars pas avec quelque chose, les gens vont parler », raconte Fatoumata.
Trois parcours, une même réalité
À N’Tomikorobougou, les histoires de Sadio, Bintou et Fatoumata illustrent trois réalités différentes de la migration domestique féminine au Mali.
Sadio a quitté son village pour échapper à la maltraitance. Bintou a été envoyée à Bamako pour se protéger de l’insécurité. Fatoumata, elle, est venue travailler dans le prolongement d’une tradition familiale et sociale.
Toutes trois exercent un travail souvent peu visible : ménage, cuisine, lessive et garde d’enfants. Une partie de leurs revenus est généralement destinée à leurs familles restées au village.
Derrière les tâches quotidiennes se dessine ainsi une réalité sociale et économique plus large. Ces jeunes travailleuses contribuent aux besoins de leurs familles tout en participant, à leur manière, au fonctionnement quotidien de la capitale.
Rokia Djourté/Stagiaire malijet.com




