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Faire une fausse couche, une douleur cachée, un vrai deuil à vivre

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Par pudeur ou pour ne pas susciter la pitié, de nombreuses femmes traversent seules l’épreuve d’une fausse couche. La souffrance n’est pourtant à minimiser, car c’est un vrai deuil à faire avant de s’ouvrir à nouveau à la vie. Témoignages.

Entre 15 et 25% des grossesses se termineraient par une fausse couche, soit environ 200.000 « cas » par an. C’est donc un phénomène relativement fréquent que le corps médical, comme les proches, ont souvent tendance à banaliser. « Tu en auras un autre ! », « Cela arrive à tout le monde », entend-on fréquemment.

Pourtant, aussi courante soit-elle, chacune de ces petites morts reste un événement douloureux qui peut marquer durablement la femme, le couple mais aussi l’ensemble de la vie de famille. Voilà pourquoi il est toujours important de ne pas le prendre à la légère.


Un choc émotionnel, un événement violent à encaisser

« Je suis désolée, il n’y a plus d’activité cardiaque » : ces quelques mots prononcés, il y a deux ans, dans un minuscule cabinet d’échograhie, Lisa, 29 ans, s’en souvient comme si c’était hier :

« Nous étions venus pour l’écho du premier trimestre. J’étais très joyeuse, impatiente de voir mon bébé, mais le médecin s’est vite renfermé, tendu, il voulait voir la première échographie. Quelques semaines plus tôt, nous avions entendu battre le cœur de notre bébé. Quand nous avons compris, je me suis littéralement effondrée. C’était un coup de tonnerre ! »

Un choc émotionnel que l’on n’oublie pas, même longtemps après : « Bien souvent, les larmes ne sont pas très loin lorsque les femmes racontent leur fausse couche, confie Géraldine Demissy, sage-femme libérale à Paris, qui a longtemps exercé à l’hôpital. Quand on est enceinte, on pense tout de suite à un bébé. Faire une fausse couche ou une grossesse extra-utérine est un évènement violent sur le plan psychique mais également physique. »


Des douleurs physiques

Et alors même que l’on se sent comme le dit Lisa « chamboulée, malheureuse et profondément déçue, il faut encore faire face à toute une série de processus physiques désagréables voire douloureux et angoissants ».

Sur les forums, des femmes partagent ce vécu parfois en temps réel : « Je fais une fausse couche, je saigne vraiment beaucoup, j’ai mal, et les médecins des urgences m’ont laissée rentrer chez moi, est-ce bien normal ? » peut-on, par exemple, lire.

Ces pertes de sang qui s’accompagnent souvent de douleurs, de contractions, de maux de dos et d’une grande fatigue, font bien partie d’un processus normal. Des antalgiques sont souvent prescrits et il ne faut pas hésiter à demander un arrêt de travail.
Cependant, si les douleurs sont trop importantes ou que les saignements vous inquiètent, n’hésitez pas à consulter à nouveau.


Des moments angoissants à vivre

« A ces douleurs, s’ajoutent bien souvent l’angoisse de porter un embryon mort« , ajoute Géraldine Demissy. Car il arrive qu’il soit expulsé spontanément (avec ou sans aide médicamenteuse) ou que les médecins aient à pratiquer un curetage sous anesthésie. « Quand je suis sortie du cabinet de l’échographe, mon gynécologue m’a dit d’attendre quelques jours pour voir si j’expulsais naturellement l’embryon. Je suis rentrée complètement terrifiée par cette idée. Il a finalement dû intervenir chirurgicalement, j’aurais préféré qu’il le fasse tout de suite…Ces quelques jours d’attente ont été très difficiles. »

Et il arrive que, comme dans le cas de Lisa, l’intervention ait lieu dans un service de maternité : « Je me disais : ‘un jour, je serai là, moi aussi, avec mon bébé ! »

Une intervention dont certaines femmes gardent également des traces physiques. A l’image de Bonnie, 30 ans, qui a dû subir une césarienne : « D’une seconde à l’autre, juste après l’échographie, j’étais encore sous le choc de la nouvelle et je me suis retrouvée sur une table d’opération. Je faisais une grossesse extra-utérine. J’ai hurlé, j’avais le sentiment que l’on m’arrachait mon bébé. Je garde de cet épisode, une cicatrice : une opération pour un bébé que je n’ai pas eu. »


Sortir de la solitude et du non-dit

Ce qui est particulièrement marquant dans l’expérience de ces femmes, c’est aussi la grande solitude dans laquelle elles traversent cette épreuve. Tout se passe comme s’il s’agissait d’un drame intime, tabou et banal dont il ne faut pas parler. D’ailleurs, il est d’usage de ne faire part de sa grossesse qu’après la fin du premier trimestre, justement pour attendre que cette période « à haut risque » soit passée.

Une coutume bien ancrée qui n’est pas universelle. Mariana, infirmière pédiatrique brésilienne, s’étonne : « Ne pas annoncer sa grossesse de peur de perdre le bébé me semble étrange ! Justement, si je perds mon bébé n’aurais-je pas, au contraire, plus que jamais besoin de mes amis, de la patience de mes collègues, du soutien de ma famille ? »

De fait, de nombreuses femmes reprennent leurs activités, leur vie quotidienne, sans rien dire. « Il y a de toutes façons un vrai décalage entre le peu de soutien et d’attention qu’on leur apporte et la déchirure ressentie », regrette Géraldine Demissy.


Un vrai deuil à faire

Faire une fausse couche, une douleur cachée, un vrai deuil à vivre
C’est pourquoi il est souvent bénéfique d’évoquer sa souffrance, de dire à son entourage ce que l’on ressent.

« Lorsqu’une femme fait une fausse couche, il ne faut pas avoir peur de la tristesse, car elle a un véritable deuil à vivre. Car la fausse couche est un deuil comme un autre. » (Lire notre article : « Se remettre de la mort d’un proche »)

C’est en effet après s’être ouverte à ses amies que Bonnie a commencé à aller mieux : « J’ai raconté mon histoire et, au fur et à mesure, j’ai reçu énormément de témoignages. J’ai compris que c’était courant. Que moi qui pensais que cela n’arrivait qu’à moi, que je n’avais pas eu de chance, j’étais finalement plutôt ‘dans le système’, plutôt comme tout le monde ! Cela m’a soulagée. »

Un sentiment partagé par Lisa : « J’ai entendu beaucoup de choses mais une amie m’a dit : ‘tu sais beaucoup de fausses couches passent inaperçues, on pense simplement à un petit retard, à des règles plus douloureuses. Cela peut sembler étrange mais du coup cela m’a paru comme quelque chose de profondément triste, je n’oubliais pas ce bébé que j’avais perdu, mais dans le fond d’assez commun et dans l’ordre de la nature, aussi injuste que ce soit. »


Se faire aider par un psy ou une association

Dans certains cas, si votre peine et vos angoisses vous gâchent la vie, n’hésitez pas à vous confier à un professionnel. Il suffit parfois d’une ou deux séances pour se sentir mieux et capable de mener sereinement une nouvelle grossesse.  « Il ne faut pas avoir honte, il est normal et même souvent bénéfique de se faire aider », rappelle Géraldine Demissy.

D’autant plus que les spécialistes s’accordent à dire que si le deuil n’est pas fait, si la souffrance est trop vite balayée, enfouie, refoulée, la blessure risque se réveiller, même des années plus tard. Les conséquences d’une fausse couche pourraient même perturber l’équilibre familial et les enfants à naître.

Un « travail » est donc nécessaire et, si vous en ressentez le besoin, des consultations spécialisées dans le deuil périnatal peuvent également vous aider à traverser cette période.

De nombreuses associations accompagnent également les femmes ou les couples en souffrance qui ont perdu un bébé durant la grossesse ou à la naissance. Elles proposent des rencontres, groupes de paroles ou encore de l’accueil téléphonique anonyme.


Retrouver confiance en sa capacité de donner la vie

Après une fausse couche, viennent aussi pour la femme de nombreuses questions, surtout s’il s’agissait d’une première grossesse : « Aurais-je un jour un enfant ? « , « Pourquoi est-ce tombé sur moi ? », « Que s’est-il passé ? » « Vais-je refaire des fausses couches ? ».

C’est d’autant plus vrai que notre société valorise sans cesse la performance : « Nous souhaitons plus que jamais tout contrôler. Nous sommes dans la programmation, constate la sage-femme. Il faut réussir à tomber enceinte, à avoir un bébé quand on le décide. Et cela touche beaucoup à l’estime de soi. En réalité, il faut se souvenir que tout cela est aussi bien souvent une affaire de patience. »

De la même façon, rien ne sert de culpabiliser : la grande majorité des fausses couches reste inexpliquée. Et ce n’est qu’à partir de trois fausses couches que les médecins entreprennent des recherches approfondies. Inutile donc de vous répéter que vous n’auriez jamais dû « tant travailler », « boire du café », « attendre d’avoir 35 ans pour faire un bébé »… A chacune son rythme et son histoire.


Prendre soin de son couple

Faire une fausse couche, une douleur cachée, un vrai deuil à vivre
Si l’on parle davantage des femmes, il ne faut pas oublier que cet épisode douloureux concerne plus globalement le couple.

« Souvent, pour les hommes le bébé n’est pas là et il n’y a pas tout l’aspect physique enduré par les femmes, explique Géraldine Demissy. Ils sont parfois sur un mode : ‘secoue-toi, on en fera un autre’. En revanche, dans les cas où l’homme est en souffrance, il est bien souvent encore plus seul que la femme. »

Mais cet événement douloureux peut aussi chambouler la vie de couple. « C’était une période tendue, reconnait Bonnie. Il y avait d’autres problèmes à ce moment-là, mais nous avons failli nous séparer. »

Dans ce cas, il peut être bénéfique de prendre du recul, de sortir de son cadre habituel. « Dès que j’ai passé les examens de contrôle et que tout était bien terminé, nous sommes partis en voyage en Asie, se souvient Lisa. Cela nous a rapproché, nous a permis de nous nourrir de belles choses, de nous évader, de passer de longues soirées à deux à discuter. Nous avons décidé d’attendre que je me remette physiquement et de recommencer à essayer d’avoir un bébé! »


Envisager une nouvelle grossesse… sans trop d’angoisse

Mais alors quand reprendre ces fameux « essais bébé »?  » Il n’y a pas de règle, explique Géraldine Demissy. Pour certaines, cela sera très rapide, pour d’autres, un certain temps sera nécessaire. »

Souvent, les médecins recommandent d‘attendre quelques semaines, trois mois surtout s’il y a eu une intervention chirurgicale, avant d’entreprendre une nouvelle grossesse.

« C’est exactement le temps qu’il m’a fallu pour me faire à l’idée que cette grossesse n’était pas la bonne, se souvient Lisa. Après, je suis retombée enceinte très vite mais je n’ai jamais oublié ce jour, cette échographie catastrophe. J’ai d’ailleurs, en partie, gâché ma grossesse en pleurant et en stressant avant chaque examen au lieu de profiter à fond des premières images de ma fille.
D’ailleurs, je conseillerais à toutes celles qui ont fait une fausse couche de se faire suivre, pour la grossesse suivante, par un professionnel rassurant, compréhensif et à l’écoute. »

Bonnie, a, elle aussi, vécu les premiers mois de sa deuxième grossesse avec beaucoup d’angoisse :  » Je vérifiais sans arrêt que je ne saignais pas, se souvient-elle. C’était très stressant ! J’avais tellement peur que cela recommence ! »

Si votre angoisse gâche votre grossesse, si vous y pensez en permanence, prenez le temps de consulter un psychologue. Vous êtes loin d’être la seule dans ce cas. « C’est compliqué, certaines femmes m’écrivent à 3h du matin car elles ne savent pas quoi faire avec leur angoisse », ajoute Géraldine Demissy. Pour certaines, l’activité professionnelle, le réseau d’amis, la famille permettront d’occuper ces journées difficiles quand d’autres auront besoin de silence et de repos.


Mener une grossesse à terme, c’est possible !

Faire une fausse couche, une douleur cachée, un vrai deuil à vivre
La bonne nouvelle est que la grande majorité de ces femmes accouche quelques mois après cet épisode douloureux. « Un an après mon opération, j’ai accouché d’un petit garçon en parfaite santé, sourit Bonnie. Je me dis souvent que je n’aurais pas pu avoir les deux bébés, l’un n’aurait pu être le frère de l’autre…Or, j’aime tellement mon fils que je ne peux finalement imaginer l’histoire autrement. »

Et enfin, lorsque l’on a soi-même vécu un tel épisode, pourquoi ne pas partager cette expérience ? Si l’on s’en sent capable bien sûr ! On sait maintenant à quel point il est important pour les femmes de sortir de l’isolement, de leur montrer que beaucoup de celles qui accouchent sont passées par une fausse couche.

« Au cours de mon huitième mois de grossesse, je suis allée à l’hôpital pour des petits saignements, raconte Lisa, j’ai croisé, aux urgences de la maternité, cette femme, avec son mari, qui pleurait car elle faisait une fausse couche. J’ai eu mal pour elle et tellement envie de lui dire : ‘Courage, j’étais à ta place il y a quelques mois, bientôt, crois-moi, tu seras à la mienne !


« Aider les familles endeuillées à retrouver du sens »

Faire une fausse couche, une douleur cachée, un vrai deuil à vivre
Dans son livre « Je n’ai pas dit au revoir à mon bébé« , la pédiatre Catherine Radet donne la parole à de nombreux couples touchés par la perte d’un bébé in utero ou à la naissance. Quelle que soit la cause – fausse couche, avortement, interruption médicale de grossesse- l’auteure invite les parents à reconnaître cette perte pour entamer un chemin de deuil. Catherine Radet suggère ainsi de mettre en place des rituels : « Les professionnels du deuil sont unanimes pour dire qu’il faut redonner aux familles endeuillées des repères, du rituel, pour retrouver un sens. »

Elle propose ainsi de donner un prénom au bébé, de lui accorder ainsi une place au sein de la famille, de garder un certain nombre de souvenirs (un doudou, une échographie, une mèche de cheveux…) Elle encourage également les familles au rite funéraire, comme par exemple, le fait de « choisir une étoile en souvenir de l’enfant à naître », comme cela se pratique dans certains centres.

Enfin, Catherine Radet insiste sur l’importance de l’écoute pour accompagner ces familles en deuil, mais aussi sur celle de la parole « libératrice » afin d’évoquer le défunt « sans l’anéantir ni l’idéaliser, mais en lui donnant une juste place dans l’histoire de chacun. »

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