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L’ambassadeur Cheick Sidi Diarra, ancien Président du comité national d’organisation du Dialogue National Inclusif à propos de la crise sociopolitique au Mali : «Les parties doivent engager un dialogue direct, en commençant par une rencontre directe entre

CE QUE JE PENSE: la course contre la montre est engagée.

La crise socio politique du Mali est entrain de faire sa mutation. Est-ce dans le sens d’un accord?

L’évolution de la situation socio politique se traduit par des démarches parallèles, qui ne sont pas nécessairement destinées à se croiser.

Il y a d’abord la CEDEAO qui avait fixé un délai de dix (10) jours pour appliquer ses recommandations sous peine de sanctions.

Aucune des parties n’ayant intégralement appliqué sa part d’engagements, on est fondé à penser que les sanctions seront appliquées à tous sans distinction.

D’ailleurs la CEDEAO annonce la mise en place prochaine d’un régime de sanctions.

A notre avis, c’est mettre la charrue avant les boeufs, parceque le comité de suivi qui devra produire des rapports sur la base desquels les sanctions seront décidées, ce comité n’est pas encore en place.

Les recommandations de la CEDEAO souffrent par ailleurs de leur non acceptation par les parties.

Le pouvoir semble choisir celles des recommandations qui répondent à ses desseins.

Par exemple, le Sommet a proposé un mode désignation des juges de la cour constitutionnelle. Ce mode exigeait la démission des 31 députés contestés avant la sélection des 3 juges du quota de l’Assemblée Nationale.

Le pouvoir est passé outre pour faire choisir les 3 juges par l’Assemblée avec la participation des 31 députés.

Non seulement ce mode n’est pas fiable, mais en plus les juges choisis ne devraient demeurer en poste au delà du reste du mandat des juges sortants. Nous imposer les nouveaux juges au delà de cette période reviendrait à préparer un terrain propice à des contestations électorales en 2023.

Concernant le mandat des 31 députés, le sommet a demandé leur démission avant l’organisation de législatives partielles pour les remplacer.

Le pouvoir a préféré confier à la cour, recomposée par décret 2020-0342/P-RM de ce jour 7 août 2020, le soin de statuer sur les cas litigieux.

Cela non plus n’inspire pas, car les juges pourraient être instruits de confirmer la nomination de certains des 31 députés. Si un seul des 31 députés contestés devait être validé, la contestation ne prendra pas fin.

La formule la plus viable est la dissolution pure et simple de l’Assemblée Nationale conformément à l’article 42 de la Constitution.

Concernant le choix du chef du gouvernement et des membres du gouvernement, le pouvoir persiste et signe. C’est là une posture qui ne va pas apaiser les tensions.

Il faudrait un PM de consensus et un gouvernement de consensus avec une feuille de route articulée autour des résultats du DNI.

Toutes les mesures mises en œuvre par le pouvoir sont nature à ignorer superbement les demandes du M5-RFP.

Le M5-RFP, de son côté, maintient son refus des recommandations de la CEDEAO, car jugées anti constitutionnelles.

Il maintient son mot d’ordre de mobilisation. Un autre grand meeting est prévu le mardi 11 août.

Ce sera un véritable test quant à la pertinence de ses objectifs face aux actions de débauchage en son sein et les dissensions apparentes créées aux fins de le fragiliser.

A cela il faut ajouter la main lourde de l’appareil judiciaire contre la jeunesse du M5-RFP pour de simples infractions de police. Ils auraient écopé entre 45 jours et un an de privation de liberté!

Malgré ces vicissitudes, le mouvement s’implante géographiquement pour élargir sa base.

C’est dire donc que les deux parties ont creusé des tranchées l’une face à l’autre.

Chacune des deux parties semble travailler isolement, sans tenir compte des préoccupations de l’autre.

Pendant ce temps c’est plutôt l’Etat qui se fragilise chaque jour un peu plus.

Les incidences de la crise socio politique ajoutées celles des crises sanitaire, économique, sécuritaire et scolaire mettent en péril la viabilité de l’Etat, d’où l’urgence d’en sortir le plus tôt.

L’effort de médiation est désormais limité de la part de la CEDEAO, car certaines « cases des voisins » commencent à sentir la fumée à leur tour.

Les parties doivent en être conscientes et accepter d’engager un dialogue direct, en commençant par une rencontre directe entre le PR.et une délégation du M5-RFP, de préférence avant le mardi 11 août 2020.

J’ai écrit ceci et je l’offre comme contribution au débat.

Bamako, le 7 août 2020.

Cheick Sidi Diarra

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