ACTUALITÉSsanté

Médecins cubains en Italie: «Cuba est un géant en matière de médecine»

Face aux 5.476 morts italiens du coronavirus, Rome a demandé de l’aide internationale. Répondant à cet appel, Cuba, État pourtant vingt fois moins riche que l’Italie, a envoyé 52 médecins et infirmières dans la péninsule. Maurice Lemoine, spécialiste de l’Amérique latine, explique cette annonce étonnante à Sputnik.

Le monde vient au secours de l’Italie. Alors que le bilan de ce 23 mars fait état de 5.476 morts pour 59.138 cas, dix avions militaires russes ont atterri à Rome, transportant une centaine de virologues, d’épidémiologistes, des équipements de désinfection et de diagnostic. Trois millions de masques doivent arriver dans la péninsule, provenant de Chine, d’Égypte ou encore d’Inde.

Un autre pays, plus inattendu pour certains, est venu en renfort: il s’agit de Cuba. 36 médecins, 15 infirmiers et un administrateur ont été dépêchés de toute urgence de l’île tropicale le 22 mars, vers Italie. Ils viennent notamment aider la région de Lombardie à faire face aux vagues incessantes de contaminations au Covid-19. Parmi les Cubains arrivés, certains ont déjà acquis de l’expérience en matière épidémiologique en ayant combattu la fièvre Ebola en Afrique.

Voici une vidéo de leur arrivée ce week-end en Italie

​Jusqu’à présent, l’île des Caraïbes compte peu d’infectés au coronavirus SARS-Cov2. Seul un touriste italien est décédé. Bien que le tourisme représente une source importante de devises pour le pays, le gouvernement a toutefois pris la décision d’expulser l’ensemble de ses visiteurs. Mais comment expliquer l’envoi d’une cinquantaine de médecins en Italie? Ce n’est «pas une surprise» pour Maurice Lemoine, spécialiste de l’Amérique latine, ancien rédacteur en chef du Monde diplomatique et auteur en 2019 de Venezuela, chronique d’une déstabilisation, (Éd. Le Temps des Cerises).

«Cuba est, dans le domaine de la santé, un pays qui vaut largement ce qu’on appelle les pays développés.»

Rappelons quelques chiffres. Au plan économique, le PIB (Produit intérieur brut) de La Havane s’élevait en 2018 à 96 milliards de dollars, ce qui la place au 65e rang mondial. Celui de l’Italie, la huitième puissance économique mondiale, est vingt fois plus élevé, avec 2.026 milliards de dollars la même année. Et pourtant, c’est ce pays, à la démographie et à l’économie modeste, qui vient en aide à l’Italie. Une aide internationale habituellement dirigée vers les pays en voie de développement qui ne date pas d’hier.

«Une politique de la révolution cubaine»

Dirigée depuis deux ans par Miguel Dias-Canel, l’île détient le record mondial de la densité de médecins par rapport au nombre d’habitants. Huit médecins pour 1.000 habitants sont effectivement présents à Cuba. Ils étaient 50.000 en 2015, Maurice Lemoine parle d’un chiffre de «30.000 médecins cubains qui travaillaient dans soixante-sept pays du monde» en 2019. Lors de l’épidémie d’Ebola, le personnel soignant cubain était présent dans huit pays. L’ancien rédacteur en chef du Monde diplomatique se souvient également de l’Opération Miracle, lancée en 2004 par Fidel Castro et Hugo Chavez, afin de permettre la création de centres ophtalmologiques sur le continent, en soignant «des millions de personnes souffrant d’infections de la cataracte, de glaucomes».((inter))

«Interferon Alpha -2 b», remède contre le coronavirus?

Selon le journaliste, «Cuba est un géant en matière de médecine». D’accord, mais comment l’expliquer? Maurice Lemoine, qui parle ainsi d’une «politique de la révolution cubaine», avance trois facteurs. Le Lider Maximo, à la tête du pays durant quarante-neuf ans, a fait de «la santé une priorité». Le deuxième aspect est l’internationalisme dont Cuba se réclame. Et le troisième élément est le facteur financier, l’exportation de services médicaux étant devenue une importante rentrée de devises le budget du pays. Elle représente 6,3 milliards de dollars en 2018. S’il n’est pas au fait des tractations bilatérales, le spécialiste de la région pense toutefois que «l’Italie rémunérera Cuba».

«Après tout, exporter ses médecins, ce n’est pas plus honteux que d’exporter des armements, la France est le 3e exportateur d’armements dans le monde. On devrait quand même avoir une certaine sympathie pour ce petit pays de onze millions d’habitants.»

Au-delà du personnel médical en nombre à Cuba, Maurice Lemoine fait état d’une «puissance mondiale en matière de biotechnologies, qui en particulier, a mis au point un médicament qui s’appelle Interferon Alpha-2b, distribué dans plusieurs pays.» Un médicament qui pourrait être utilisé dans la lutte contre le coronavirus. L’ancien journaliste du Monde diplomatique affirme que la ville de Séville en Espagne et le gouvernement allemand ont déjà fait part de leur intérêt.

«On assiste au même phénomène qu’on a en France avec le professeur Raoult et la chloroquine. Cuba a fait savoir qu’il avait de l’Interferon, ça a évidemment donné lieu à des polémiques.»

L’Italie n’est pas le seul pays occidental à recevoir de l’aide médicale provenant de Cuba. Maurice Lemoine attire l’attention sur la France qui, également, fait appel aux médecins cubains. C’est notamment le cas pour la Guyane, réel désert médical. À l’occasion de l’adoption en 2019 du projet de loi sur la transformation du système de santé, un amendement a autorisé la Martinique, la Guadeloupe et la Guyane à recruter du personnel médical hors de l’Union européenne. Le conseiller régional communiste François Jacquart a même tenté en octobre 2019 de faire recruter du personnel médical cubain de façon temporaire, afin de faire face au désert médical en Ardèche, sans succès.

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page
Open

X