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Koulikoro: Une histoire, des mystères

La capitale du Méguétan recèle de nombreux sites pittoresques qui valent le détour. Le Nianan koulou a vu disparaître en 1235 le roi du Sosso Soumangouro Kanté après sa défaite face aux troupes de Soundjata Keïta. La mosquée de pierres est un endroit très mystérieux. Le chameau accroupi est une curiosité qui défie toutes les lois de la rationalité

Koulikoro est une ville coincée entre des collines et le fleuve Niger. Si cette situation géographique peut constituer un handicap pour son extension, il constitue un atout sur le plan touristique, car il s’agit de deux éléments naturels qui favorisent le dépaysement. D’ailleurs, beaucoup de Bamakois profitent des sites touristiques de Koulikoro pour s’évader le temps d’un week-end. En période de forte chaleur, c’est par dizaines qu’ils prennent le chemin de la capitale de la 2è région administrative pour profiter des douceurs des plages au bord du fleuve Niger.
La capitale du Méguétan est une ville chargée d’histoire et de mystères. Située à seulement une demie heure de voiture de Bamako, elle est relativement bien peuplée avec environ 45.000 habitants. La ville fut aussi une place forte de l’industrie malienne avec l’Huilerie cotonnière du Mali (Huicoma), l’Industrie nationale de construction navale (Inacom) et la Compagnie malienne de navigation (Comanav), les Grands moulins du Mali (GMM). La plupart des unités industrielles sont à l’arrêt et la Comanav subit les contrecoups de la crise sécuritaire.
Les bateaux de la Comanav servaient de prolongement vers le Nord du pays de la ligne ferroviaire qui partait de Dakar et avait pour terminus Koulikoro en passant par Bamako. Ce qui a fait de Koulikoro, depuis 1883, un carrefour important dans le trafic des marchandises entre le port de Dakar et notre pays. Aujourd’hui, le train ne siffle plus à Koulikoro.

LES RÉVÉLATIONS D’UNE BICHE- Historiquement, la ville de Koulikoro a été fondée vers la fin du XVIIIè siècle par deux frères Bambara : Dioba et Ouédiou Diarra. Venus de Farako dans le Cercle de Ségou, ils se sont installés d’abord à Kélé, puis à Kélan et à Kayo avant de s’établir au pied de la montagne (« Koulou koro » en bambara qui veut dire sous la colline). Ce qui était au départ un simple hameau devint un village puis la capitale du Méguétan, une principauté bambara affiliée au Royaume bambara de Ségou.
La légende, contée par notre guide Mamadou Kébé, enseignant de formation et ancien chef de la division patrimoine culturel à la direction régionale de la culture de Koulikoro, indique que ces deux chasseurs ont été encouragés à s’installer à cet endroit par une biche. L’animal sauvage aurait proposé aux deux chasseurs de lui laisser la vie sauve en échange d’informations capitales. Lorsqu’ils lui firent la promesse de ne pas l’abattre, elle leur apprit alors que la vie sera paisible entre cette montagne et le fleuve, car la paix règnera ici. La biche leur a assuré que ce sera très agréable de s’installer à cet endroit où se développera une ville qui va accueillir de nombreuses populations venues de loin pour y élire domicile.
La biche prédit aussi que la localité accueillera ceux qui viendront pour apprendre le maniement des armes, et ceux qui viendront pour le travail de la terre.
Les autochtones de Koulikoro estiment que ces prédictions de la biche se sont traduites par le terminus du chemin de fer Dakar-Niger, le port fluvial, le camp militaire et l’Institut polytechnique rural de Katibougou (IPR). Mais ils n’oublient pas d’ajouter que le meilleur est à venir pour la ville.
Le Nianan koulou, ou colline du Nianan est une constante dans tous les récits sur la fondation de l’Empire du Mali. Des différentes versions des griots à celles des nombreux historiens qui se sont penchés sur le sujet, tout le monde est unanime que Soumangourou Kanté s’est réfugié dans les entrailles de ce massif gréseux de Koulikoro. Il a régné au XIIIᵉ siècle, de 1200 à 1235, sur le Royaume de Sosso, dans la Région de Koulikoro. En fait, il s’agit de deux collines qui se font face, celle de gauche est appelée la colline mâle, où il n’y a pas de grotte et celle de droite connue sous l’appellation de colline femelle.
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Elle présente une fente de plus de deux mètres de hauteur. Mais, plus on s’y enfonce, plus c’est le noir. Nous restons prudemment à l’entrée pour suivre les explications du guide Mamadou Kébé. Il y a trois espaces à l’intérieur. Celui de gauche servait de magasin, qui fait face à un couloir de plusieurs dizaines de mètres de long. Ce couloir conduit vers le camp militaire Boubacar Sada Sy. C’est par là que l’illustre occupant des lieux, Soumangourou Kanté en l’occurrence, allait chercher son ravitaillement au fleuve. Enfin, une autre entaille plus grande, et située plus en profondeur, servait de lieu de vie.

LIEU DE RECUEILLEMENT- Si le mystère de cette grotte n’est pas encore totalement élucidé, celui du « Djinè misiri » (mosquée des djins), ou « Fara misiri » (mosquée de pierres) reste également entier.
Le site est situé vers la sortie de Koulikoro en allant vers Banamba, dans le nouveau quartier appelé Sokouranin, à quelques encablures des premiers logements sociaux. Il s’agit d’une série de grottes parfaitement taillées dans la colline. Deux espaces très paisibles dont les plafonds, distincts, ont la forme d’un dôme, comme c’est le cas dans de nombreuses mosquées. D’après les croyances populaires, le Prophète Mohamed (PSL) aurait fait apparition momentanée dans ces grottes. Croyances confirmées par l’occupant des lieux Gaoussou Sidibé. Adepte du soufisme, il y est installé depuis exactement 30 ans et 2 mois pour, dit-il, « une mission ». Il jure n’avoir jamais mis les pieds ailleurs pendant ce temps.
Le site est devenu un lieu de recueillement pour les marabouts et autres simples adeptes de l’islam depuis des années. Gaoussou Sidibé raconte qu’il reçoit des milliers de visiteurs par an. Ces derniers viennent aussi bien du Mali que presque de partout à travers le monde. Il précise que parmi ses visiteurs, il y a de nombreux Nigérians, Yéménites et des Arabes. La période de visite ou de recueillement favorite est celle du Maouloud, qui commémore la naissance du Prophète. Si certains viennent pour prier, d’autres en profitent pour formuler des vœux.
Le sol de cette mosquée est tapissé de nombreuses peaux de bœufs abattus durant les festivités du Maouloud. Le visiteur est également frappé par le nombre incalculable d’exemplaires du Coran, le livre saint de l’islam. Ils sont rangés à même le sol aussi bien dans la mosquée que dans une autre grotte où Gaoussou Sidibé passe la nuit. Combien il y en a-t-il ? Le soufi explique qu’il ne se hasarde plus à compter. Car chaque fois qu’il donne un chiffre, celui-ci est vite dépassé par de nouveaux dons.

SÉPULTURE- Un peu plus loin, à environ 7 kilomètres de l’IPR, dans le village de Shô, fondé en 1700, il y a un autre mystère de la nature. à savoir le chameau accroupi. Sur un flanc de montagne, haut de près de deux mètres, la colline prend la forme d’un chameau accroupi sur ses quatre pattes. Les différentes formes (tronc, tête, pattes, yeux) et la taille sont si réelles que l’on se demande comment cet animal a-t-il fait pour venir s’installer à cette hauteur. Derrière la sculpture naturelle se trouve un linceul blanc qui recouvre une tombe, nous a-t-on dit. Il s’agirait d’une sorte de cercueil taillé dans la colline où gît une forme humaine couchée telle une sépulture musulmane.
Le guide Kébé nous explique que durant la période coloniale, un administrateur français du nom de Frédéric Assomption invitait régulièrement ses amis à venir célébrer la fête du 14 juillet, fête nationale de la France, à cet endroit. Ils campaient plusieurs nuits sur cette surface plate de roche où l’herbe ne peut pousser. Les fêtards étaient également attirés par le fait que cet espace, qui englobe le chameau accroupi et la tombe, était éclairé toutes les nuits.
Les habitants de Shô témoignent, qu’ils ont toujours vécu avec ce monument du chameau accroupi non loin de leurs habitations. Mais, ils ne trouvent pas d’explication scientifique quand à la sépulture qui a été découverte seulement en 2004. En effet, c’est précisément le 23 mars 2004 qu’un autre soufi du nom de Fousseyni et son accompagnateur eurent la révélation de la tombe. Ce jour là, Fousseyni avait mystérieusement perdu son turban qu’il avait noué autour de la taille pour prier. C’est ainsi que son compagnon indiqua avoir aperçu une matière blanche survolée le chameau quand ils priaient ensemble. Après avoir gravi le monticule, il découvre ce reste humain recouvert par le turban qu’ils étaient en train de chercher derrière le chameau accroupi. Quarante représentants du village de Shô furent appelés à témoigner cette révélation. Ces derniers avaient l’habitude de visiter le chameau accroupi mais n’avaient jamais vu cette sépulture. Notre guide fut également appelé pour constater le fait nouveau.

Soumangourou Kanté contre Soundiata Kéïta : LE DUEL FONDATEUR DE L’EMPIRE DU MALI

L’évocation de son seul nom faisait trembler de peur tous ses contemporains, Soninké et Maninka. Grand guerrier, il porta le Kaniaga, le nord du Mandé, à son apogée. Il organisa des troupes solides, bien équipées de flèches et tamba (lances) fabriquées sur place par ses forgerons. Son armée disposait d’une cavalerie nombreuse et efficace. Ses fantassins formaient un rempart infranchissable pour ses ennemis.
Dès le début de son règne, le roi de Sosso s’était résolument engagé dans la lutte contre les esclavagistes. Envers eux, ils nourrissaient une haine implacable. N’ayant jamais oublié le traitement fait à son père, Soumangouro s’était juré de leur faire boire « du fer en fusion » nèguè sinkérin kènè). Il essaya d’entraîner les Maninka de son côté en les invitant à s’associer à lui pour combattre les esclavagistes Maures et Soninkés. N’ayant pu les convaincre du bien-fondé de sa lutte, Sosso Simbo prit la décision ferme de s’attaquer seul à l’empire soninké. Il dévasta Koumbi en 1203, raconte Mamadou Kébé, chercheur, ex-chef de division patrimoine culturel à la direction régionale de la culture de Koulokoro.
Auparavant, Soumangourou saccagea neuf fois le Mandé et y fit régner la terreur. Devant les horreurs perpétrées par les guerriers sosso, les roitelets Maninka, terrifiés, s’enfuirent vers les régions du Sud ou dans des endroits à l’accès difficible (îles au milieu des fleuves, régions montagneuses, forêts difficilement pénétrables).
Le vieux Niani Massa Kara, accompagné de sa famille et de son ami et marabout Tomono Maghan Dian Bérété abandonna Nianiba pour aller fonder Sobé. Nianiba, appelé encore Tomono (dans les ruines) fut rasé par les troupes de Soumangouro. Tous les fils du vieux roi Niani Massa Kara l’imitèrent en allant se réfugier vers les zones méridionales (le roi de Sibi Faran Camara, Basseri Kaman Djan, Féréninko Camara).
Un autre chef du clan de Soundjata, Dankaran Toumani Konaté (son frère aîné) abandonna le trône et choisit la protection de la forêt guinéenne. Il se sauva et alla se cacher à Kissidougou (la ville du salut). « En bara kissi », s’écria-t-il, en arrivant à son refuge (nous sommes sauvés, nous avons échappé à Soumangourou). Barafing Bandiougou fut tellement tourmenté, si effrayé par la guerre des Sosso qu’il s’en alla très loin là-bas en Gambie et n’y revint plus. Il s’y exila et fonda une ville à laquelle il donna son propre nom, Bandiougou (devenu Bandjoulou, puis Banjul).
Comme la domination almoravide sur le Ouagadou, celle de Sosso sur le Mandé fut de courte durée. En difficulté devant les attaques de Soumangouro Kanté, les Malinkés firent appel à Soundiata Kéïta qui réunit les peuples de la savane pour la lutte de libération. En 1235, à la bataille de Kirina, les guerriers sosso et leurs chefs, reconnaissables à leur grande coiffure, furent vaincus. La vengeance fut terrible. Sosso fut détruit (il ne reste plus aujourd’hui qu’un tout petit village). Le royaume annexé au Mandé disparut après cent trente ans d’existence.
Selon la tradition racontée par les griots, Soundjata Keïta est né handicapé et ce n’est que tardivement qu’il aurait recouvrer l’usage de ses jambes. Il aurait été persécuté par son frère aîné Dankaran Tuman, ce qui l’aurait poussé à s’exiler à Néma. Vers 1230, il devint roi et réunit les clans malinkés à Siby. Selon les traditions orales, il aurait organisé une armée composée de dix mille cavaliers et de cent mille fantassins avec à leur tête deux chefs de guerre que sont Tiramakan et Fakoli, le neveu de Soumangourou. Après plusieurs batailles, c’est vers 1235 que Soundiata Keïta vainquit l’armée de Soumangouro Kanté à Kirina. Selon la légende, Soumangouro, blessé, réussit à traverser néanmoins le fleuve, pour aller disparaître dans les montagnes autour de Koulikoro. Soundiata Keïta conquit alors tous les royaumes de la région qu’il unifia pour former l’Empire du Mali. Il fut proclamé « Mansa » ce qui signifie «Roi des rois». L’empire du Mali regroupait alors des populations issues de différentes ethnies : Soninké, Malinké, Bambara, Peulh…
Y. D.

MÉGUÉTAN
Méguétan est la déformation de « Nèguè ton », expression bamanan qui signifie une association de fer. Selon la tradition orale, rapportée par le chercheur Mamadou Kébé, les guerriers bambara de Da Monzon Diarra, roi de Ségou, se seraient installés dans les environs après leur campagne victorieuse contre le roi Samanyana Bassi. Formant une alliance avec leurs frères Dioba et Ouédiou Diarra, fondateurs de Koulikoro. Ils ont décidé de créer une association en vue de faire face aux envahisseurs aussi bien avec des armes que contre des idées qui mettraient en mal la culture bambara. Il s’agit au total de 21 villages autour de la ville de Koulikoro : Baguinéda, Mofa, Koulikoroba, Souban, Kay, Manabougou, Tiètiguila, Maféya, Fégou, Moribabougou, Kétan, N’tolonidjè, Miogna, Tagniouma, N’tonignan, Kobalakoura, Kobalacoro, M’pèba, Dougouracoro, Gouni, Dinan.

NIANAN
Nianan, est aussi un mot bamanan qui signifie littéralement « bien fait ». Il désigne le fétiche que les deux fondateurs de la ville ont ramené de Ségou. Notre guide Mamadou Kébé raconte que chaque fois que le fétiche intervenait pour quelqu’un ou pour un problème, la solution était trouvée. C’est pourquoi, il a ainsi été nommé. Actuellement détenu par Abdoulaye Zégué Diarra, il est gardé à Koulikoroba, le quartier de la famille fondatrice. C’est vers 1800, lors de la création de la localité, qu’ils l’ont ramené à Koulikoro. Il était logé dans un premier temps dans la grotte où le roi du Sosso Soumangorou Kanté s’est refugié en 1235. Quelques temps après la création du camp militaire Boubacar Sada Sy, non loin de la colline qui abritait le Nianan, l’armée s’est plaint, auprès des autorités coutumières, des difficultés que ses hommes auraient dans le maniement des armes. Le détenteur des fétiches, à l’époque, a conclu au fait que le Nianan n’accepte pas des tirs d’entraïnement à l’arme à feu, au quotidien des soldats. C’est ainsi que le fétiche fut transféré après le sacrifice de sept bœufs durant sept jours de suite.
Y. D.

Source: L’Essor- Mali

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