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Yagaré et Djiguiba ou l’impossible mariage entre noble et esclave

Djiguiba et Yagaré, originaires de la région de Kayes, sont tombés amoureux à l’Université, à Bamako. Les tourtereaux ont vite déchanté lorsqu’ils ont appris que leur union était impossible.

Quand deux personnes s’aiment, elles ne voient pas la différence de classe, de croyance ou de nationalité. Pourtant, ces considérations deviennent souvent de vrais obstacles à leur union, comme c’est le cas de Yagaré et Djiguiba.

Deux années après leurs études, Djiguiba décroche un poste dans une agence de communication à Bamako. Quelques mois plus tard, il se rend à Kayes pour demander officiellement la main de Yagaré. Cette dernière, qui a rejeté plusieurs demandes en mariage, a été comblée de joie lorsqu’elle a appris la nouvelle. Elle informe même ses parents de la venue des « démarcheurs » de mariage. Très contente d’apprendre la nouvelle, la mère de Yagaré met toute la maison en ordre et parfume le salon pour que ses hôtes se sentent à l’aise.

Dot et panier de cola
Lorsque le jour J arrive, l’oncle de Djiguiba et le griot de la famille se rendent nuitamment chez les parents de Yagaré. Ces derniers leur ont réservé un accueil digne d’un pacha. Sans tourner autour du pot, les émissaires de Djiguiba annoncent le motif de leur présence. A la suite de longs échanges, les deux parties se sont mis d’accord tout en fixant le montant de la dot. Le lendemain, dans la journée, les émissaires de Djiguiba reviennent dans leur future belle-famille avec la dot et le symbolique panier de cola.

Une semaine après, l’oncle de Djiguiba reçoit un appel téléphonique : « Venez vite récupérer votre argent et votre panier de cola. », disait la voix à l’autre bout du fil. Il rappelle le numéro, mais personne ne décroche. Confus, il va en personne chez les parents de Yagaré qui lui remettent illico presto l’argent et le panier de cola avant de lui lancer : « Notre fille ne peut pas se marier avec un descendant d’esclave, car elle est issue d’une famille noble. Comme vous le savez, une noble et un esclave ne se marient pas. Cherchez une femme de votre rang pour votre fils, ma fille vaut plus et mérite un homme de sa classe ». Ébahi, l’oncle de Djiguiba est resté muet quelques minutes avant de partir.

Amoureux inconsolables
Triste et déçue par la décision de son père, Yagaré refuse même de manger ou d’adresser la parole aux membres de sa famille : « Vous avez refusé mon mariage avec Djiguiba comme s’il n’était pas un musulman comme vous », se lamente Yagaré, les yeux embués de larmes. De l’autre côté, Djiguiba, lui, reste inconsolable : « C’est injuste qu’on me traite de sous-homme qui ne doit se marier qu’avec les femmes de sa classe. Ces personnes ont-ils plus de droit que moi ? », s’interroge-t-il.

Le jeune Djiguiba, que ses parents tentent de convaincre à chercher une autre femme, n’a d’yeux que pour sa Yagaré. Pour Ousmane, qui a connu les deux amoureux à l’époque où ils étudiaient ensemble, ce serait un gâchis de s’opposer à une union qui s’est construite depuis que leurs années d’études. « Les deux s’aimaient éperdument pour que du jour au lendemain, on décide de les séparer. C’est trop facile ça ! Personne ne vaut plus que les autres. Le temps où on parle d’esclaves ou d’hommes de caste, ce n’est pas en 2019 », s’insurge-t-il.

L’histoire de Yagaré et Djiguiba reflète la face cachée des réalités d’une société malienne qui se dit ouverte et tolérante. Combien de personnes ont vu leur projet de mariage échouer à cause de leur classe sociale, de leur appartenance ethnique ou de leurs croyances ? Je ne saurai donner le nombre.

Source: benbere

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