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Que sont-ils devenus… Racine Sall : l’homme pieux à la voix d’or !

Cela fait des décennies que sa voix d’or et suave retentit sur les ondes de Radio Mali. Sans forcer, ni tintamarre, il s’est  imposé dans son petit coin, comme le meilleur chanteur religieux du Mali de tous les temps. Il s’appelle Racine Sall. Ce nom renvoie aux années 1970-1980 (avant l’avènement de la télévision nationale) où ses chansons sur la seule chaine nationale annonçaient le mois de carême, ou l’apparition de la lune pour la fête de ramadan. Originaire, Kayes, première région administrative du Mali, il est issu d’une famille de marabouts. Son père, maître coranique, également imam de la grande mosquée, a orienté ses enfants sur “le chemin de Dieu” et du prophète (PSL). Voilà comment le jeune Racine a emboité le pas de ses ainés. A 7 ans, il est inscrit à l’école coranique, et au bout de dix ans, il bûche le coran à deux reprises, et approfondit ses connaissances par les kitabs et les hadiths. A cette époque, les chants  religieux n’étaient pas son affaire. Ses frères et les disciples de son père  chantaient  pendant les fêtes religieuses (ramadan, tabaski, achoura, maouloud). Racine les assistait, mais ne chantait pas. Sa notoriété et sa célébrité résultent d’un rêve dans lequel il a vu une image à l’Est qui lui souriait. Sa maman interprète ce rêve comme un message qui conseille au jeune Racine de redoubler d’efforts dans l’apprentissage du Saint livre. Et quelques semaines ont suffi pour que l’envie des chants religieux soit créée en lui. Il ne tarda pas à composer deux chansons  peules dédiées au prophète (PSL). Le déclic de son ascension et de sa renommée est partie de ces deux morceaux. Comment et quand s’est-il retrouvé à Bamako ? Vit-t-il de son art ?  Quelles sont ses relations avec l’ORTM ? Ses bons et mauvais souvenirs ? L’enfant de Kayes nous a entretenus sur tous ces sujets. Cela dans le cadre de la rubrique “Que sont-ils devenus ?”.

La confusion orchestrée et entretenue ces dernières années à Bamako entre le Zikr  et les chants religieux nous a obligés d’emblée à poser la problématique à Racine Sall. Un débat a été organisé l’année dernière sur l’ORTM autour de la question, mais il semble avoir laissé quelques téléspectateurs sur leur faim.

Zikr contre chant religieux

Racine Sall n’est pas sur la même longueur d’ondes que ceux-là qui se blottissent derrière la religion musulmane, pour mener une vie d’artiste animateur. On les retrouve dans les cérémonies de mariage ou sur des scènes de concert qui n’ont rien à envier au “Grand Sumu” d’une chaine de télévision de la place. Bref tout est déformé de façon délibérée  pour en tirer profit à travers les louanges.

Pour Racine Sall le chant religieux est différent du Zikr, pour la simple raison qu’on peut chanter l’islam dans toutes les langues. Comme par exemple “Madou Hou Rasulu” qui ne parle que des faits du prophète Mohamed (PSL). Or, le Zikr est plutôt un hommage pour demander la protection et l’assistance   du bon Dieu. On ne saurait le comparer aux chanteurs d’artistes qui se cachent derrière l’islam pour parler du Zikr.

Autre détail : le Zikr se dit, mais ne se chante pas. La musique est-elle interdite en islam ? Non, répond Racine Sall, mais c’est la façon de faire qui peut poser problème. Pour corroborer cette thèse, il rappelle une anecdote : “En 1982, un producteur m’a proposé un contrat sur la France. Mais, c’est un orchestre qui devrait m’accompagner dans mes prestations. J’ai décidé de renoncer au contrat, parce qu’avec sa proposition, on sortait du cadre islamique. Finalement, nous sommes tombés d’accord sur la kora et la flûte. J’ai préparé l’album, pour ensuite le produire en France. Au cours d’une de mes prestations, une Antillaise qui ne comprenait pas du tout ce que je disais a coulé des larmes, sous le coup de l’émotion provoquée par la musique. Elle demanda qu’on lui interprète  quelques morceaux. Après la soirée, elle organisa une rencontre qui consacra sa conversion à l’islam. Elle me demanda des noms, et je lui ai proposée Kadidia et Aïcha. Elle opta pour les deux. Cela m’a réconforté”.

Bonjour Bamako !

Il découvre la capitale en 1968 par le canal de ses oncles maternels à qui il rendait visite. Très attaché à sa ville natale, il n’était pas question pour Racine Sall de s’installer définitivement  à Bamako. Il continuait d’apprendre le coran et la religion auprès de ses parents, qu’il ne voulait pas quitter de sitôt.

En 1973, au cours d’un prêche à la mosquée de Dravela à l’occasion du Maouloud, ses chansons religieuses donnent une autre dimension à la soirée. Que de compliments cette nuit-là pour magnifier sa belle prestation improvisée ! Les commentaires de sa voix d’or et sa manière de chanter l’islam parvinrent à Radio Mali, dont les responsables lui font appel. Pour la circonstance, on l’envoie chez le prêcheur attitré de la Radio Mali, Mamadou Touré, qui le soumet à une lecture de coran. Cet exercice avait pour but de tester son niveau, et le vieux devrait faire un  «FEED BACK» aux responsables de la Radio sur les connaissances et les potentialités du jeune Kayésien.

Il apprendra cela quand le bureau des Oulémas lui proposa l’enregistrement des premiers morceaux en studio, en compagnie de son oncle Baïdy Kane. Il produit deux   chansons, lesquels ont servi pendant longtemps de générique à feu Bourama Coulibaly et Samba Guindo (ce nom est lié à une anecdote de l’histoire du Mali) dans l’émission “Poyi Kan Poyi”  de tous les vendredis.

Dès lors, Racine Sall n’a cessé d’enregistrer des chants religieux pour la Radio Mali et l’ORTM plus tard, aidé en cela par les élèves du groupe scolaire Nahar Djoliba de Badalabougou qui faisaient office de choristes.

Quelles ont été les retombées de sa collaboration avec Radio Mali ? Racine surprend par la sincérité de ses déclarations : “Il n’y a eu aucun engagement contractuel entre la Radio Mali et moi. Je ne pensais même pas à l’argent. Fils de marabout, mon souci est la propension de l’islam. C’est un plaisir pour moi de produire des chants religieux, de parler du bon Dieu, de son prophète (PSL). L’appréciation de mes frères musulmans me suffit largement. Sinon, je bénéficie des droits d’auteurs”.

Au total, Racine Sall a produit douze cassettes, six CD, des dizaines d’enregistrements lors de prestations. Par la suite, il créa un groupe avec Moussa Diawara de “Tarbiatou Islamia”. Il a pratiquement fait le tour de la sous-région, avec également des périples à Moscou (URSS), Allemagne, Autriche, France.

La question pour nous de savoir si Racine Sall vit de son art ou s’il en a tiré profit n’avait plus son sens. Parce qu’il n’a pas hésité à déclarer qu’il remercie le bon Dieu, de lui avoir permis de gagner sa vie à  travers les chants religieux. Oui, il s’est créé un foyer, il entretient bien sa famille. D’ailleurs, il a profité pour nous dire que tous ses enfants sont instruits en arabe. Son premier garçon vient juste de rentrer du Maroc après des études  d’imamat ; le second vit en France ;  ses filles sont mariées.

Pour évoquer l’un de ses bons souvenirs, Racine Sall nous a rappelés un fait qui s’est passé en 2006. Assis au devant d’un taxi à côté du chauffeur, il est hélé par un inconnu, dont il ne comprenait pas les agissements. Quand le véhicule s’arrêta, l’homme se présenta comme un chrétien qui s’est reconverti à l’islam du fait des chansons de Racine Sall. L’occasion se présentait à lui pour faire ce témoignage de vive voix  à quelqu’un qu’il considère comme son bienfaiteur. Selon notre héros, ce jour encore, il a rendu un vibrant hommage au bon Dieu.

Homme pieux, Racine Sall l’est. Nous avons eu la preuve durant le peu de temps que nous avons passé avec lui chez lui. Il s’est dit ému par la démarche de la direction du journal d’avoir pensé à lui dans le cadre de la présente rubrique.

Ses remerciements ne se limitent pas au seul journal “AUJOURD’HUI-MALI”, mais également à l’ensemble de la presse malienne pour son accompagnement. Les hommes de média sont ses partenaires, et il ne peut que formuler de bénédictions à leur endroit.

Racine Sall nous a reçus, à la veille d’un contrat qui le conduira en Côte d’Ivoire, au Ghana et au Burkina Faso.

Depuis cinq ans, il est médaillé du mérite national avec effigie abeille

O. Roger Sissoko

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