‘’Après des années à nier ses envies pour faire plaisir à son partenaire, elle a enfin compris pourquoi sa libido s’était éteinte.

Je me suis retrouvée dans la situation de sa future femme durant 10 ans : je ne voulais plus de sexe. À l’époque, j’avais cherché en vain des témoignages de personnes dans la même situation que moi sans en trouver.

Aujourd’hui, je souhaite raconter mon histoire, et peut-être permettre à d’autres, de trouver des solutions.

Quand le désir sexuel n’est pas là…

Pour resituer un peu le contexte, j’ai eu mon premier rapport sexuel relativement tard, vers 21 ans.

Je ne me masturbe pas, la découverte de mon corps par moi-même ne m’intéresse pas, j’en suis relativement détachée. J’ai besoin d’interactions, de jeux avec l’autre pour que mon désir monte.

Il y a une quinzaine d’années maintenant, je me suis mise en couple avec John. Je n’avais jamais eu de relations sérieuses avant lui, j’avais déjà couché avec quelques garçons, mais ces histoires n’avaient duré que quelques mois.

Entre nous, ce fut très vite et très fort : il était l’homme que j’avais désiré avoir à mes côtés durant des années. Gentil, attentionné, je partageais une complicité avec lui que je n’avais connue avec d’autres.

Tout allait bien entre nous… sauf le sexe.

Mon désir pour lui s’est vite essoufflé, en à peine quelques mois. Pourtant notre relation se passait extrêmement bien. Dans la vie de tous les jours, il faisait tout son possible pour que tout se passe bien entre nous, il était extrêmement attentionné et aimant.

Il était très tactile et câlin, mais cela ne déclenchait rien chez moi. Je me sentais un peu comme anesthésiée sexuellement.

À l’inverse, lui ressentait une curiosité à explorer et à tester de nouvelles pratiques, et un désir très intense me concernant.

La potentialité d’être asexuelle m’a traversé l’esprit mais cela ne collait pas avec mes expériences précédentes dans lesquelles j’avais ressenti désir et plaisir.

Différence de libido et frustration

Cette situation nous faisait culpabiliser tous les deux : moi, de le rejeter et lui, d’insister pour que nous couchions ensemble.

Il ne s’aimait pas physiquement, et avait besoin que je l’accepte totalement, moi, la femme avec qui il avait choisi de vivre et avec qui il voulait tout partager.

Plus je le rejetais, plus son désir l’oppressait, plus il ressentait le besoin de l’assouvir.

La frustration agissait sur lui comme une torture psychologique mais aussi physique, car il se sentait sous pression tout le temps.

Il n’était pas question pour nous d’avoir une relation libre. Donc s’il n’avait pas d’activité sexuelle avec moi, avec qui l’aurait-il ?

Nous sommes finalement arrivés à un compromis : nous couchions ensemble environ une fois par semaine et/ ou je le « soulageais » par un autre moyen.

John y trouvait à peu près son compte, mais au bout de quatre ans, j’ai fait une « crise existentielle».

Une première séparation et un début d’explication

Je venais de terminer mes études, j’avais signé un CDI et j’avais le sentiment, à 26 ans, d’avoir la vie d’une fille de 40 ans.

J’ai quitté John sur un coup de tête et je me suis mise avec un autre mec, Éric, pendant quelques mois.

Cette nouvelle relation m’a bouleversée. J’ai eu l’impression de sentir mon corps se réveiller après des années d’hibernation. Je ressentais enfin du désir et du plaisir.

J’ai commencé à être suivie par une psy à partir de ce moment-là. J’avais besoin d’y voir un peu plus clair. Je me sentais en plein tourbillon avec tout un tas d’émotions contradictoires.

J’aimais toujours John, profondément, je ne comprenais pas vraiment ce qui m’avait poussée à partir, et je me mettais à kiffer le sexe comme par permis avec un quasi inconnu.

J’ai fini par me rendre compte que j’étais partie car j’étais en colère contre John. Je lui en voulais de m’avoir autant fait subir sa frustration, de m’être senti aussi souvent « obligée » de le soulager.

Faire l’amour pour faire plaisir

Il ne m’avait jamais forcée physiquement à quoi que ce soit et j’ai toujours été consentante lorsque nous avions des rapports mais je le faisais principalement pour lui faire plaisir.

Il le savait, je n’ai à aucun moment simulé, mais cela ne l’empêchait pas de réclamer des pipes ou autres moyens de « le soulager ».

Souvent, je disais non. Et parfois, car j’étais fatiguée, ou parce que j’avais envie de lui dire plaisir je disais oui, car le rejeter et lui faire du mal me faisaient du mal à moi aussi.

Notre rupture a agi sur lui comme un électrochoc : il a pris conscience de l’oppression qu’il m’avait fait subir.

Nous nous sommes rendu compte un an après notre séparation que nous nous aimions toujours et nous avons décidé de nous remettre ensemble.

Une deuxième chance et des progrès

Le sexe se passait beaucoup mieux. J’avais un peu plus de désir et je ressentais parfois même du plaisir.

 

Il est sûr que, comparé à ce que j’avais gouté avec Éric, cela semblait bien fade. Mais j’étais incapable d’expliquer cette différence.

Nous sommes restés ensemble cinq ans de plus, puis il m’a quittée, en grande partie à cause du sexe.

Pour des raisons professionnelles, j’avais dû m’absenter durant plusieurs semaines et sans moi près de lui, il s’est rendu compte qu’il n’était finalement plus frustré.

J’agissais un peu comme un bout de chocolat que l’on vous met au bord des lèvres sans que vous puissiez y goûter, quelque chose d’impossible à atteindre donc de désirable.

Il trouvait que j’avais une sexualité de « petite fille ». Il voulait d’une femme sans complexes au lit, qui s’assume et s’amuse, ce que je n’ai jamais été capable d’être avec lui.

Il s’est mis dans la foulée avec une autre femme et s’est rendu compte qu’il était capable de susciter l’envie et de donner du plaisir.

Pourquoi je n’avais jamais envie de sexe

La reconstruction suite à cette rupture a été éprouvante, et j’ai mis trois ans à en faire le deuil.

Ce n’est qu’au contact d’un nouveau psy et à la rencontre de mon copain actuel que j’ai enfin pu mettre des mots sur tous mes blocages sexuels avec John.

La base de tous les problèmes était l’impossibilité de pouvoir avoir réellement confiance en lui.

Car il insistait pour du sexe malgré mon manque de désir. Car je le sentais essayer de me « dominer », plutôt que de se concentrer sur ce que je voulais ou non.

Car il était beaucoup trop borderline, quand il tentait par exemple de placer ses mains sur des zones qui ne me plaisaient pas, malgré mes demandes répétées de ne pas le faire.

Après notre première séparation, même si je lui avais pardonné son comportement passé et même si notre sexualité s’était un peu améliorée, mon corps, lui, ne pouvait oublier.

Le passif était trop lourd : je n’ai jamais pu me détendre et m’abandonner à lui.

L’importance du consentement

Ce qu’exprime ici cette jeune femme, c’est que John ne respectait pas son consentement.

Elle a vécu cet état de fait à sa façon, mais il est important de rappeler que le consentement doit être une condition sine qua non à une relation sexuelle.

 

Faire des choses dont l’autre n’a pas envie, insister, exiger du sexe, c’est outrepasser son consentement, c’est grave et ça peut être traumatisant.

Le viol conjugal est une réalité, et il est puni par la loi : même en couple, aucun acte sexuel n’est obligatoire. Il semble essentiel de le rappeler.

J’aurais dû m’écouter… et en parler

J’ai fait deux erreurs dans cette relation.

La première : ne pas avoir cherché plus tôt à comprendre le pourquoi de notre mésentente physique.

Lorsque j’ai commencé à mettre des mots sur mon malaise avec ma première psy, nous étions ensemble depuis plusieurs années, et il y avait trop de dommages pour que cela soit réparable, d’un côté comme de l’autre.

Nous avions chacun réprimé trop de choses, lui sa frustration, et moi son désir.

Le corps a son propre langage, et j’étais tellement détachée du mien que je ne comprenais pas ce qu’il me disait.

J’ai préféré mettre ma sexualité de côté quitte à finalement me considérer comme frigide et à considérer notre sexualité comme la sienne.

Toutes nos émotions — colère, frustration, peur et angoisse — nous ont empêchés de pouvoir communiquer physiquement.

J’avais tellement honte ma « non-sexualité ». Je n’osais pas aborder le sujet dans mon cercle d’amis, de peur de passer pour la « fille qui a du mal » et qui n’y arrive pas…

J’avais le sentiment de ne pas être une « vraie femme ».

Et surtout, à qui en parler quand on est entourée d’amis en couple, pour qui tout semble parfaitement rouler à ce niveau-là ?

Suite à notre rupture, une des premières personnes à laquelle j’ai osé me confier a été ma gynécologue. Une femme géniale, hyper bienveillante, d’environ soixante ans.

Elle m’a confié qu’environ la moitié des ruptures que ses patientes lui racontaient avaient pour cause des problèmes sexuels. Savoir cela m’a enlevé un poids, je n’étais donc pas seule !

Et lorsque j’ai enfin osé me confier à des amies, je me suis aperçue avoir idéalisé leur sexualité. Tout n’était pas rose partout, loin de là.

Je n’aurais pas dû nier mes envies, et lui non plus

La seconde erreur est d’avoir sous-estimé l’impact qu’a le fait de se forcer à avoir des pratiques sexuelles pour le seul plaisir de l’autre.

Plus cela se produisait et plus cela m’éloignait de la possibilité d’en avoir un jour vraiment envie. Je me disais que finalement, moi on s’en fout, le principal c’est que cela soit bien pour lui…

Mais comment aurais-je pu avoir du désir pour quelqu’un qui niait mes envies ?

 

J’entends aussi par « envie » le fait de ne pas vouloir de sexe, car c’en est une malgré tout, à part entière. Durant neuf ans, tout ce que ça m’évoquait, c’était quelque chose de froid, d’anonyme.

J’étais très détachée lorsque nous faisions l’amour, et j’avais plus le sentiment qu’il se vidait en moi qu’autre chose.

Ce qui n’était pas vraiment le cas, car John essayait vraiment d’éveiller mon plaisir, de mettre beaucoup de douceur dans l’acte. Mais je n’étais réceptive à aucune de ses tentatives.

J’avais fini par systématiquement associé le sexe à quelque chose de négatif, et cet ancrage était tellement profond que nous n’avons jamais réussi à l’inverser.

Quand la pression tue la libido

J’ai tiré de cette histoire plusieurs leçons.

La première est que je me suis mis trop de pression autour du sexe.

J’ai besoin de d’avantage de légèreté. Pour John, le sexe avait une vraie valeur thérapeutique, c’était une réponse à ses angoisses, un moyen de lui donner confiance et estime de lui.

Sauf que je n’étais pas son infirmière. C’était à lui de trouver des remèdes à ses maux, et le sexe ne résolvait en rien à ses tourments.

Mon mec actuel a suffisamment confiance en lui et en ses propres capacité pour ne pas mal prendre un non ou le fait que je me mette à éclater de rire en plein milieu de l’acte parce que lui ou moi avons sorti une connerie (ce qui arrive souvent).

Je n’ai plus peur d’essayer, quitte à de tout stopper en plein milieu si je n’en ai plus envie, car je sais que cela sera sans conséquence.

Ce qui permet de dédramatiser le sexe, de le repositionner comme un jeu, un truc fun et sans drama.

Il n’y a rien à réussir au lit

Ma seconde leçon est qu’il est vain d’essayer d’être quelqu’un que l’on n’est pas, particulièrement dans l’intimité.

« Être une femme » au lit, ne veut strictement rien dire, ce n’est ni plus ni moins qu’une construction sociale des magazines.

Me forcer à faire des choses dont je n’avais pas envie pour correspondre à cette image et ne pas avoir su suffisamment m’affirmer m’a conduite, au final, à rejeter le sexe.

La frustration quotidienne de John le poussait à se considérer comme un animal constamment en rut, sale et repoussant. Aucun des deux ressentis n’était vrai mais il nous a fallu, à l’un comme à l’autre, des années pour nous en débarrasser.

Enfin, la troisième leçon est que le comportement de mon mec avec moi au lit conditionnera mon comportement au lit avec lui.

Aujourd’hui, celle que je suis au lit avec mon mec actuel est celle dont rêvait John. Ce n’est pas que j’ai changé, mais que je me sens suffisamment en confiance et comprise pour me permettre d’être enfin moi-même.’’