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Moussa Mara à propos du projet de découpage territorial : «Ne faisons pas dire à l’Accord de paix ce qu’il n’a pas dit !»

Sans risque de se tromper, on peut être en droit de dire que la parole de nos gouvernants manque de crédibilité. C’est du moins ce qu’on peut constater des réactions et des mises en garde qui se forment au quotidien à l’égard des plus hautes autorités contre un éventuel projet de découpage administratif même si elles nient son existence dans leur tiroir. Il (si avéré) fera du Mali vingt Régions, 93 cercles et dix communes pour Bamako, la capitale. Une attribution fantaisiste à l’accord de paix issu du processus d’Alger. C’est ce qui nous explique Moussa Mara, ancien premier ministre d’IBK ; et chef du parti Yelema dans sa réaction contre ledit projet posté hier mardi sur sa page. 

«Depuis quelques années, comme pour éviter de s’attaquer à l’essentiel, nos autorités multiplient des initiatives institutionnelles au nom de l’Accord pour la paix et la réconciliation nationale issue du processus d’Alger, alors qu’elles n’ont qu’un lointain rapport avec ce texte, voire aucun rapport du tout ! ».

C’est en ces termes que l’actuel opposant farouche d’IBK a introduit ses premières réactions contre le projet de découpage en vue avant de rappeler l’épisode malheureux des autorités intérimaires. «Cette disposition secondaire et éventuelle mentionnée dans une annexe de l’Accord a été érigée en action principale de mise en œuvre du texte. Ce qui n’était qu’une répartition de responsabilité entre les acteurs des groupes armés fut considéré comme une avancée politique. Deux ans après cette initiative, il est désolant de constater que peu de choses ont bougé sur le terrain du fait de l’inaction de ces autorités, car elles ont été oubliées après leur mise en place. Il y eut ensuite les reports continus des élections municipales, locales et régionales, avec le maintien de leaders illégitimes pour conduire nos collectivités locales, pourtant retenues comme point d’ancrage majeur de l’État sur nos territoires. Il y a enfin tous les processus d’opérationnalisation des régions, de reconfiguration territoriale de ces collectivités, critiqués, car n’allant pas dans le sens de la vraie régionalisation, celle qui sera efficace et qui correspondra à l’esprit et à la lettre de l’Accord de paix », lit-on dans la déclaration de Moussa Mara.

S’agissant d’éventuel avant-projet de découpage territorial, l’ancien PM affirme qu’il n’est qu’ «un stratagème supplémentaire de nos gouvernants dans la direction observée depuis plusieurs années : une logique de partage de gâteau (postes de préfets, sous-préfets, présidents d’autorités intérimaires, présidents de cercles, députés…) sans aucun impact pour les populations et la cause de la réconciliation ». Sinon qu’il n’aboutira à aucune des attentes des populations. «On ne voit pas à quoi serviront des cercles supplémentaires là où les Régions supplémentaires elles-mêmes n’ont rien apporté ! En quoi la multiplication des cercles, des communes permettra de satisfaire les attentes des populations en matière de sécurité, d’accès à l’eau, de fourniture d’électricité, d’amélioration de la situation alimentaire, d’éducation, d’emplois… ? », s’est-il questionné avant d’ajouter que dans les débats sur le découpage territorial, ses problèmes réels ne sont jamais évoqués. «Le fond n’est, malheureusement, jamais abordé. C’est toujours la forme, les artifices, les postes et les places et jamais les responsabilités, les pouvoirs, les moyens, les ressources et les moyens de les collecter ! Et cela est perceptible à tous les niveaux. Ce n’est pas une question de race ou encore moins de blancs contre les noirs comme certains veulent le faire croire. C’est une question de classes et de groupes de responsables (sécuritaires, politiques, sociaux…) qui courent vers leurs avantages personnels. Cette catégorie de prébendiers existe dans toutes les ethnies et toutes les races. Les bénéficiaires de ces avantages indus sont parmi les nomades, mais aussi parmi les sédentaires. Aller dans la direction de l’opposition ethnique et raciale, c’est faire fausse route et réveiller inutilement de vieilles rancœurs ! Ce serait trop simple et trop grave et cela nous éloignera encore du fond ! », rassura-t-il.

L’Accord pour la paix et la réconciliation nationale issu du processus d’Alger, selon lui, traite du fond de nos problèmes et non de l’écume de nos égoïsmes personnels ; mais « Nulle part ni dans le texte ni dans les annexes on ne parle de multiplier les cercles et les communes ! Il y a en réalité une complicité coupable entre certains acteurs gouvernementaux et de nombreux responsables de groupes armés, tous groupes confondus, pour s’engager dans cette logique inefficace et inutile de partage de positions et d’avantages, en occultant les sujets de fonds et renvoyant ainsi aux calendes grecques les vrais problèmes du Nord et de notre pays tels qu’adressés dans l’Accord de paix. Ces vrais sujets qui ne seront traités que si nous nous engageons vers une gouvernance mue par l’impérieuse satisfaction des besoins des Maliens en adoptant une forme d’État proche des populations, accessible, efficace, décentralisé et où les pouvoirs seraient transmis aux populations à travers des collectivités dont les responsables sont élus par leurs soins. Le Gouvernement n’en est manifestement pas là », expliqua-t-il dans ses réactions.

Du fantasme dans les démarches du Premier Ministre Soumeylou Boubèye Maïga

Sans langue de bois, l’ancien PM a exposé en face du monde la mauvaise volonté de nos gouvernants plus précisément le Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga et son mentor IBK dans la gestion de la crise politico-sécuritaire qui persiste et qui fait des victimes en longueur de journée. «Il n’en est pas là d’autant plus que ses actes ne montrent pas une ferme volonté à aller dans le même sens que les résolutions contenues dans l’Accord. Cela est encore illustré par la récente lettre circulaire (2018 / 01 / PM RM du 17 septembre 2018) du Premier ministre où il affirme le pouvoir et la responsabilité première des représentants de l’État sur tout ce qui concerne le territoire en occultant très clairement les collectivités locales et les élus locaux. Le Premier ministre dit dans cette lettre circulaire que les représentants de l’État orientent, coordonnent et contrôlent l’action des collectivités territoriales, en flagrante contradiction avec l’article 10 de l’Accord de paix. Il indique également que les représentants de l’État constituent l’épine dorsale de l’action de l’État et incarnent l’unité et la permanence de l’État sur le territoire, ce qui occulte totalement les collectivités locales alors que l’Accord indique clairement la prééminence que doivent avoir ces dernières et à travers elles les populations maliennes (article 5 alinéa 5, articles 6 et 7) », affirma-t-il avant de rajouter que le vrai problème de notre pays est que les leaders majeurs sont hostiles à la décentralisation, à la réforme de l’État dans ce sens, à la redevabilité des élites à l’égard des populations et à la soumission de l’administration aux usagers. Et, selon Moussa Mara. « Tant que cela sera une réalité on n’avancera pas, l’Accord de paix ne sera pas mis en œuvre de manière satisfaisante, l’État ne fonctionnera pas de manière adéquate et le pays ne sortira pas de la crise ! ».

Enfin, notre ancien PM non moins notre héros malheureux de Kidal pour ceux qui se rappellent de sa primature a invité le Président IBK à prendre en mains le problème politico-sécuritaire qui prévaut dans le pays. En ses termes : «Le Chef de l’État, garant de l’unité de la nation, premier responsable du pays doit être interpellé. Il doit prendre conscience encore une fois des dérives qui se préparent ou qui se passent sous son magistère. Qu’il ouvre les yeux et apprécie à sa juste valeur la direction des choses et qu’il reprenne ces dossiers importants en main pour les orienter vers les bons caps ! Nous devons donner corps à la régionalisation. Nous devons stopper la course vers les postes et les prébendes ! Nous devons appliquer rigoureusement l’Accord dans sa lettre et surtout dans son esprit. Nous devons refonder l’État vers une grande dévolution de pouvoirs et de responsabilités aux périphéries, avec un leadership incontestable de l’élu local sur le fonctionnaire nommé, car l’élu local c’est le citoyen ! »

Rassemblées par Seydou Konaté : LE COMBAT

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