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Ismaïla Lah, AC-RSS à propos du vocal d’un présumé djihadiste : « Cette menace doit être prise très au sérieux »

Meguetan Infos

Après l’attaque djihadistes contre le camp de Kati et la forte implication de la population de Kati pour l’arrestation de suspects djihadistes dans la ville, un vocal dont l’auteur se revendique « djihadiste », a proféré des menaces contre la population. En 9 minutes et 15 secondes, le présumé djihadiste met la population en garde par des menaces. Ces menaces jugées réelles d’un côté et propagandistes, d’un autre, le journal Mali Tribune fait intervenir, Ismaïla Lah, coordinateur de l’Alliance citoyenne pour la Réforme du secteur de sécurité (AC-RSS) et membre du Cercle de Réflexion pour le Mali (CERM) sur la question et d’autres.

 Mali-Tribune : Est ce que l’Etat doit prendre cette menace au sérieux ?

 Ismaïla Lah : Oui bien sûr, cette menace doit être prise au premier degré très au sérieux. L’audio doit rapidement faire l’objet d’une authentification et à partir de l’authentification, tout ce qui est dans le sens de la prise de mesure pour contrer les menaces doit être défini et rapidement mis en œuvre.

Mali-Tribune : Pouvez-vous nous dire, un peu les raisons ? Pourquoi ?

I L. : Pour plusieurs raisons. La première, c’est que depuis un moment, nous constatons un glissement des attaques sur les périphéries de Bamako. Le commissariat de police de Fana, qui a été attaqué. La position des forces spéciales à Sofara, de la Forsat aussi à Kolokani. Le poste de police de Zantiguila qui a également été attaqué.

Toutes ces attaques augurent la capacité des groupes terroristes nébuleux, à identifier des cibles et à les attaquer avec des moyens de nature à non seulement semer la terreur mais de nature à créer des dégâts humains et matériels incommensurables. Cet audio doit être très pris au sérieux. La deuxième raison, c’est que jusque-là, dans la dynamique terroriste, il est très rare qu’un groupe terroriste fasse une vidéo ou un audio où il informe clairement que pour telle ou telle raison, le groupe en question, si ses orientations ne sont pas respectées, qu’il va s’attaquer à des populations civiles.

C’est la dynamique que l’on rencontre où les milices et les forces de sécurité ont des positions. Mais à Bamako, c’est la première, que cette dynamique prend des proportions de nature à inquiéter. Pour ces deux raisons, l’audio doit être prise très au sérieux.

 Mali-Tribune : S’attaquer à des populations, est le propre de l’Etat islamique. Est-ce le JNIM, en tant qu’affilié à Al-Qaïda, pourrait faire ce revirement ?

I L. : Absolument, jusque-là, le Groupe de soutien à l’islam et aux Musulmans mais (JNIM) en arabe, affilié à Al-Qaïda au Maghreb islamique, ne s’est pas inscrit dans une dynamique d’attaque aux populations. Cette logique est plus l’outil d’action ou le modus operandi du Daech (l’Etat islamique) dans le Sahel.

Même si quelques rares fois le JNIM passe aussi par des attaque sur des populations mais ce sont des cas très isolés. De l’autre côté, si des attaques ont été possibles à Fana, Kolokani, Sofara, Zantiguila, ce sont des localités à peine, 30, 40, 50, 60 voire 100 km de Bamako. Ce qui voudrait dire qu’il existe des cellules dormantes un peu partout à Bamako et environs. Ces cellules dormantes doivent être très rapidement identifiées, localisées et neutralisées avant qu’elles ne puissent fournir des informations précises sur des cibles.

Avant qu’elles ne soient mises en mouvement. Avant qu’il n’ait pas d’attaques. Pour cela et les populations et les forces de défense et de sécurité, les paramilitaires doivent être dans une certaines connexion, certaines synergies pour qu’un mouvement d’ensemble permette d’identifier, de localiser et de détruire ces cellules dormantes et leurs ramifications.

Mali-Tribune : Quelles explications à ces attaques récurrentes contre l’armée malienne ?

I. L. : La dynamique du terrorisme est très complexe. Qui dit terroriste, dit propagande, dit terreur, dit attaque çà et là, intimidation etc. Il faut situer la question sur le temps. A un moment donné l’armée s’est inscrite dans une montée en puissance sur plusieurs aspects (recrutement, formation, achat de matériels). Cette dynamique s’est matérialisée sur le terrain par des coups portés aux nébuleux au centre et au nord. Les terroristes se sont sentis menacés. Et partant de là, il fallait casser cette dynamique de montée en puissance de l’armée. Pour cela, il fau s’attaquer au symbole le plus éloquent de cette montée en occurrence les forces de défense et de sécurité. D’où des attaques synchronisées ces derniers temps contre les positions des forces de sécurité et de défense et les forces spéciales.

L’attaque sur Kati est très explicite et symbolique. S’attaquer à Kati qui est la forteresse des autorités de transition qui abrite aussi le plus grand camp du pays, est un signal fort de ces groupes terroristes aux autorités de la Transition. Cette attaque quelques part, est une logique de dé-crédibilisation de l’action de l’Etat, de la montée en puissance des forces de défense et de sécurité et de la République. Il y a une difficile relation de confiance commençait à se tisser entre les FAMa et la population était tributaire de la montée en puissance des FAMa. Cette attaque de manière très banale d’attaquer la position symbolique peut faire émerger dans certains esprits que l’Etat n’est pas encore prêt à faire face à ce combat, à ce défis. À véritablement bouter ces groupes hors du pays ou les mettre hors d’état de nuire.

Mali-Tribune : C’est impossible de parler de sécurité au Mali, sans parler de la rupture avec la France et la coopération avec la Russie d’où d’aucuns parlent de Wagner. Cette coopération avec les Russes, pourrait-elle combler le vide que laisserait la France ?

I. L. : Je ne pense pas. Je ne pense pas. L’apport des coopérants russes, je préfère employer le terme utilisé par nos autorités, la présence de ces coopérants, pour moi, ne produirait qu’un effet très timoré, très timide.

En ce sens qu’aujourd’hui, ils seraient au nombre de 600 selon certaines informations. Au départ, ils devraient être au nombre de 1000 ou 1200, selon certaines indiscrétions, mais entre-temps, il a eu la crise entre la Russie et l’Ukraine.

Ces coopérants russes. Le Mali est victime de son immensité. Rien que dans la zone du Liptako-Gourma, la zone des 3 frontières, pour assurer une présence continue de l’armée, dans cette zone, il faut 5 à 8 fois l’effectif actuel de l’armée nationale. Cette zone fait une superficie quadrilatère de 300 et quelque 1000 km2. L’immensité aujourd’hui du Mali rend inefficace pour beaucoup l’action des forces de sécurité et de défense.

Si l’Etat aujourd’hui a les moyens de mener des actions contre les groupes terroristes sur des pans du territoire, aujourd’hui, il n’a pas les moyens rester et de renforcer ses positions dans ces zones sur la durée.

Mali-Tribune : Que doit faire le Mali aujourd’hui ?

I. L. : Ce combat il est très compliqué, il va au-delà des capacités du Mali. Ça faisait une bonne dizaine d’années que toutes les armées venaient épauler le Mali dans ce combat, même si leurs actions étaient plus cantonner à l’identification et à la neutralisation des chefs terroristes, le Mali aurait dû maintenir cette dynamique avec tout le monde.

Mais en redéfinissant la nature du partenariat. L’apport des forces étrangères même si par moment, elle a enveloppé des suspicions, ce sont des apports qui pouvaient être mis au profit du pays. Mais encore il fallait aller vers une redéfinition d’une nouvelle dynamique mais dans une dynamique où le Mali allait être le maillon central dans la lutte.

Le Mali doit nouer rapidement des partenariats viables transparents avec toutes les volontés qui veulent aider le Mali. C’est se leurrer de dire aujourd’hui que l’armée est en mesure de pacifier tout le territoire. La crise que vit le Mali est une crise qui dépasse le Mali. Le combat  que le Mali est en train de mener aujourd’hui pour pacifier son territoire doit être soutenu par tous. Le Mali aujourd’hui constitue le maillon central de la lutte contre le terrorisme dans le Sahel. Si cette lutte n’est pas remportée dans les mois ou les années à venir par le Mali, un risque de contagion est réel.

Les pays côtiers tels que la Côte d’Ivoire, le Togo et Bénin ont tous subi des attaques. Jusque-là le Mali constitue la digue, le rempart. Une fois, cette digue trouée, ce rempart mis en mal, c’est toute la bande sahélo-sahélienne qui sera mise en mal. C’est toute la Méditerranée qui sera mise en mal. Et les ramifications de cette force du mal vont s’étendre à toute l’Afrique et à une bonne partie de l’Europe.

 

Mali-Tribune : Au niveau national, que doit-on faire pour répondre à tout ce défi sécuritaire ?

I. L. : Aujourd’hui, il importe de fédérer les Maliens autour de l’essentiel. Il est inutile d’ouvrir des fronts un peu partout. Une bonne partie de la classe politique est en porte en faut avec le gouvernement, de la Transition. Il y a la presse qui n’est pas en adéquation avec les autorités de la transition. Des syndicats aussi.

Des guéguerres sur fond d’égo entre les autorités de la transition et certains voisins immédiats. Des bras de fer avec la communauté internationale. Ouvrir les fronts un peu partout c’est diminuer ses chances de remporter le combat. Il faut créer une union sacrée au tour du Mali. Une seule voix portée par tous les Maliens. Il faut donner des garanties dans ce sens. A partir de là, le combat contre l’ennemi pourra être rempoté.

 Propos recueillis par

Koureichy Cissé

Mali Tribune

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