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Focus : Assassinat moral

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Le Mali des destinations est aussi le Mali des déstabilisations.

Pour tout citoyen du monde qui a choisi la destination Mali, on y vient pour l’histoire, pour la foi, pour l’hospitalité. Mais pour certains de ses propres enfants, cette même destination est devenue une destination de démolition. Un creuset où se forment et convergent tous les ressentiments, toutes les haines, toutes les méchancetés.

Une arène où l’on ne vient plus pour construire, mais pour abattre. On connaît la déstabilisation classique. Une kalachnikov, un pick-up, un commanditaire extérieur et son relais parisien. Celle-là, les FAMa la traitent. Mais la plus redoutable ne porte pas de treillis. Elle porte un boubou propre, un badge, un smartphone. Elle est malienne, contre des Maliens. Quotidienne, visqueuse, sans risque. C’est la déstabilisation par l’égoïsme, par la cupidité, par la boulimie de places et l’accaparement des privilèges.

Un Premier Ministre, un ministre, un DG, un entrepreneur, un colonel au front, un journaliste bavard. Il suffit d’une place convoitée, d’un marché perdu, d’une jalousie pour que la machine s’enclenche. Un vocal anonyme, un faux compte, un montage WhatsApp, et un homme est jeté en pâture. Pas de procès, pas de preuve. La calomnie suffit. Nous sommes experts en assassinat moral.

Aimé Césaire disait : «Une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde». Nous rusons avec le maaya, le dambè, la parole donnée. Le débat est remplacé par le lynchage numérique. La concurrence par la délation. La critique par la haine et la détestation. Hier, l’ennemi était dehors et armé. Aujourd’hui, il est dedans, anonyme, connecté. Plus dangereux que le porteur de kalachnikov. Le terroriste attaque le corps de la Nation. Le calomniateur attaque son lien ombilical. Il rompt le lien fraternel, le lien amical, le lien mitoyen, le lien de voisinage. Sans ce lien, pas de Nation.

Pendant que nous nous entre-dévorons pour une nomination, que voit-on au Nord ? La France qui nous donnait des leçons voit sa parole se déliter, son modèle rentier bâti sur notre or s’effondrer. Les plateaux qui annonçaient la chute de Bamako sont muets. Parce que le Mali tient debout et construit son avenir. Paradoxe : dehors, nous gagnons la guerre de la souveraineté ; dedans, nous perdons celle de la confiance.

Cheikh Anta Diop prévenait : «Il faut s’appuyer sur ses propres forces». Ce n’est pas seulement manier des armes. C’est se supporter entre compatriotes. La destination Mali ne sera attractive que si le Malien cesse d’être un loup pour le Malien. L’esprit de concorde commence dans nos bureaux, dans nos WhatsApp, dans notre façon de parler de l’autre quand il est absent. Tant que nous brûlerons un frère pour briller à sa place, nous éteindrons la lumière pour tous.

D’où la dérive : la lutte pour les places a remplacé la lutte des classes. La boulimie a remplacé le projet. Le Livre nous rappelle l’essentiel, Sourate 49 : «Si un pervers vous apporte une nouvelle, voyez bien clair de crainte que vous ne portiez atteinte à des gens par ignorance» (6) ; «Ne médisez pas. L’un de vous aimerait-il manger la chair de son frère mort ?» (12).

La Rédaction

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