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VIOLENCES CONJUGALES AU MALI : TOUTES LES VICTIMES MÉRITENT JUSTICE, SANS DISTINCTION DE SEXE

Par la rédaction de Meguetan INFOS

Au Mali, le mois d’octobre est consacré à la solidarité et à la citoyenneté. À l’échelle internationale, il est également connu sous le nom d’« Octobre rose », une campagne de sensibilisation à la lutte contre le cancer du sein, notamment à travers la prévention et le dépistage précoce. Cette mobilisation rappelle combien la santé, la dignité et la protection des femmes constituent des enjeux majeurs pour notre société.

Mais au-delà des campagnes de sensibilisation et des engagements citoyens, l’actualité nous confronte à une question fondamentale : notre indignation face aux violences est-elle toujours à la hauteur de la gravité des actes commis, indépendamment de l’identité de la victime et de celle de son agresseur ?

Depuis quelques jours, les réseaux sociaux et les autres canaux de communication sont marqués par une affaire particulièrement tragique : l’assassinat de la jeune Racky Diaby par son conjoint, à quelques jours de leur mariage, selon les informations relayées. Ce drame a suscité une vive émotion et provoqué de nombreux débats au sein de l’opinion publique.

Cet acte est condamnable et rien ne saurait justifier la mise à mort d’un être humain. La justice doit suivre son cours et les responsabilités doivent être établies conformément à la loi. La douleur de la victime, celle de sa famille et l’émotion collective méritent considération et respect.

Toutefois, cette tragédie nous invite également à élargir la réflexion sur les violences conjugales et sur la manière dont notre société réagit face à ces crimes.

Il est indispensable de reconnaître que les femmes sont particulièrement exposées à certaines formes de violences conjugales et que les féminicides constituent un problème majeur de société. Cette réalité mérite une attention soutenue, des politiques de prévention efficaces et une mobilisation constante.

Cependant, reconnaître cette réalité ne signifie pas que les hommes ne peuvent pas être victimes de violences graves, y compris mortelles, de la part de leur conjointe.

Les violences conjugales peuvent toucher les deux sexes, même si leur fréquence, leurs formes et leurs conséquences peuvent différer. Défendre la dignité des femmes ne doit donc pas conduire à ignorer celle des hommes. De même, évoquer les hommes victimes ne doit jamais servir à minimiser les souffrances des femmes.

L’enjeu n’est pas d’opposer les victimes, mais de faire en sorte que chaque personne bénéficie de la même protection de la loi.

Selon le rapport Femicides in 2024, publié en 2025 par l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) et ONU Femmes, près de 50 000 femmes et filles ont été tuées dans le monde en 2024 par leur partenaire intime ou un membre de leur famille. Parmi elles, environ 22 600 ont été tuées en Afrique.

Toutefois, ce rapport est spécifiquement consacré aux femmes et aux filles victimes de ces homicides. Il ne fournit donc pas, dans ce bilan, une statistique comparable sur les hommes tués par leur partenaire intime.

Cette limite ne suffit pas à démontrer une volonté d’exclusion des hommes. Elle soulève néanmoins une question légitime : disposons-nous de données suffisamment complètes pour comprendre toutes les dimensions des homicides conjugaux et adapter nos réponses à l’ensemble des victimes ?

Au Mali, nos recherches n’ont pas permis d’établir un bilan national consolidé du nombre de femmes tuées par leur conjoint ni du nombre d’hommes tués par leur conjointe. Cette insuffisance documentaire limite la compréhension du phénomène et complique les comparaisons objectives.

Les archives de la presse malienne rapportent plusieurs affaires dans lesquelles des hommes auraient été tués par leur épouse.

À Koulikoro, dans la nuit du 6 au 7 décembre 2021, une jeune fille de 16 ans aurait tué son mari à coups de pilon, selon des informations publiées à l’époque. Un mariage forcé aurait été à l’origine du drame, d’après les sources médiatiques rapportées.

À Kolondièba, en juillet 2025, une femme aurait mortellement frappé son mari à coups de pilon pendant son sommeil, selon la presse.

Un autre cas a été rapporté en juillet 2025 à Yaguine, dans la commune de Yéréré, cercle de Nioro du Sahel, où un homme aurait été tué par son épouse. Les circonstances rapportées font état de coups portés à la tête.

Ces affaires, rapportées par les médias, ne constituent pas un bilan national et ne permettent pas d’évaluer la fréquence réelle de ces crimes. Elles rappellent néanmoins que les hommes peuvent eux aussi être victimes d’homicides au sein du couple.

Derrière chaque victime se trouvent une famille endeuillée, des proches éprouvés et, parfois, des enfants privés brutalement d’un parent.

Dès lors, une question mérite d’être posée : pourquoi certains drames suscitent-ils une mobilisation publique considérable, tandis que d’autres semblent recevoir moins d’attention ?

Cette interrogation ne vise ni à contester la légitimité des mouvements féministes ni à mettre en concurrence les souffrances. Elle appelle plutôt à une réflexion sur la cohérence de notre indignation collective.

L’absence de manifestations ou de mobilisations publiques autour d’une affaire ne signifie pas nécessairement que celle-ci a été ignorée par tous. Mais chaque crime mérite d’être examiné avec sérieux, sans que la valeur de la victime dépende de son sexe ou de sa visibilité médiatique.

Le féminisme, dans ses différentes expressions, défend notamment les droits des femmes, leur sécurité et l’égalité devant la loi. Il serait donc injuste de considérer que la défense des femmes constitue, par principe, une opposition aux droits des hommes.

 

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