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Comment réagir face aux mensonges de son ado?

Les adolescents ont souvent une conception de la vérité assez floue, qui flirte souvent avec le mensonge. Comment l’expliquer? Comment réagir lorsque son ado ment?

Depuis quelques mois, Arthur, 14 ans, s’est mis à mentir à ses parents. « Pas d’énormes mensonges, mais des arrangements avec la vérité. Il nous cache ses notes, il a changé le code d’accès à Pronote, le logiciel du lycée et nous a assuré qu’il n’y avait pas touché, il est censé avoir dormi chez un ami et on découvre qu’il était à une soirée », énumère sa mère, Anne-Sophie.
Distinguer les « petits » mensonges des plus importants
Un comportement nouveau pour cet ado qui jusque-là « nous disait tout », regrette-t-elle. Manon, 15 ans, a elle aussi tendance à « composer avec la vérité », témoigne Christelle, sa mère. « Elle m’a juré ne pas fumer, or je ne suis pas née de la dernière pluie et je sais reconnaître une odeur de tabac froid. Il lui arrive aussi de sécher des cours et de me soutenir que la CPE a fait une erreur, qu’elle était bien au collège ce jour là. »  Les ados sont-ils des menteurs compulsifs ou sommes-nous plus sensibles à leurs mensonges parce qu’ils sont plus « visibles » que lorsqu’ils étaient enfants? Que disent d’eux ces mensonges et par extension, de nous, leurs parents? Et surtout, comment distinguer les « petits » mensonges des plus importants?
« Le mensonge est une échappatoire »
« Je dirais que les mensonges problématiques sont ceux qui mettent l’ado en danger », répond Violaine Gelly, psychothérapeute. Par exemple lorsqu’un adolescent prétend avoir dormi chez un ami alors qu’il est en réalité rentré à 4h du matin d’une soirée où il a pu consommer des substances et/ou monter dans une voiture conduite par une personne en état d’ébriété. Ou bien un mensonge qui masque un mal-être profond. « Mais la plupart du temps, rassure la spécialiste. Il s’agit plutôt de ‘petits arrangements avec la vérité’, qui ont pour objectif de leur permettre d’échapper à leurs responsabilités. »  « C’est en cela qu’ils sont constitutifs de l’adolescence, analyse Violaine Gelly. C’est une période très ambivalente, pendant laquelle les ados rêvent d’être adultes tout en ayant du mal à assumer leurs actes. Le mensonge est une échappatoire, une façon de faire croire aux parents qu’ils sont toujours ces enfants parfaits fantasmés. »
« Le mensonge permet d’avoir son jardin secret »
« Je ne suis pas certaine que les ados mentent davantage que les enfants, estime quant à elle Florence Millot, psychologue pour enfants et adolescents. Simplement, cela se voit davantage. » Pour elle, le mensonge a son utilité dans la construction d’un individu. « Il permet d’avoir son jardin secret. Il signifie pour l’enfant qu’il n’est pas obligé de tout dire à ses parents. Un enfant qui ne ment jamais, ça n’est pas rassurant! » Pour la psychologue, les mensonges adolescents répondent souvent au refus admettre une défaillance. « Plus les parents vont s’énerver et mettre la barre haute, par exemple scolairement, plus l’ado va être tenté de cacher de mauvais résultats, pas pour le plaisir de mentir mais pour s’épargner une crise et/ou une humiliation. » « Par ailleurs, poursuit Florence Millot, l’adolescence marque le début d’un détachement vis-à-vis des parents. L’ado a besoin de faire ses propres expériences, quitte à mentir pour y parvenir. Il ne ment pas ‘contre’ ses parents, mais pour arriver à ses fins, lesquelles peuvent être d’aller à cette fameuse soirée interdite ou de décrocher l’autorisation de sortir voir ses amis, quitte à certifier, à tort, avoir fait ses devoirs. L’objectif est d’obtenir ce qu’il convoite tout en gardant l’amour de ses parents. »
Interroger l’ado sur les raisons de son mensonge
Si Violaine Gelly et Florence Millot invitent à dédramatiser ces mensonges « opportunistes », elles s’accordent sur le fait qu’il ne faut pas pour autant les ignorer. « Lorsque cela s’accompagne d’un changement d’attitude, d’une certaine tristesse ou d’une dégringolade des notes, il est souhaitable de montrer à l’adolescent que l’on voit ce qu’il se passe », conseille Florence Millot.
La spécialiste recommande de choisir un moment où on est capable d’entendre ce que l’enfant peut avoir à dire sans s’énerver et d’être dans une position d’écoute. « On peut dire: ‘je sens qu’il y a un problème, je sais très bien que tu ne m’as pas dit la vérité, tu ne vas peut-être pas vouloir en parler maintenant mais j’aimerais que tu m’expliques’. »  Violaine Gelly suggère elle aussi d’interroger l’ado sur les raisons du mensonge: « Qu’as-tu pensé qu’il arriverait si je connaissais la vérité? » Tout en mettant l’accent sur « la nécessité d’assumer ses responsabilités ». « Ce n’est pas le mensonge en soi qui pose problème, mais plus ce refus de l’adolescent de se confronter aux conséquences de ses actes, en les niant. »
« Préserver certains pans de sa vie intime »
Souvent les mensonges servent aussi à protéger une intimité naissante. Le fils de Carine par exemple, préfère « inventer des histoires très détaillées plutôt que de nous dire tout simplement qu’il a passé l’après-midi avec sa petite copine. Information que nous avons obtenue par sa soeur! »   Dans un cas comme celui-ci, répond Violaine Gelly, il peut suffire de lui glisser qu’on est pas dupe. « Le message à faire passer c’est qu’il a tout à fait le droit de préserver certains pans de sa vie intime, mais qu’il n’est pas obligé pour autant de nous mentir. » Mais pour cela, il faut aussi, en tant que parent, s’efforcer de ne pas être intrusif.
Eviter de mettre la pression
« Un ado peut utiliser le mensonge comme un rempart aux intrusions parentales » constate Violaine Gelly. Autrement dit, s’il est en confiance et qu’il sait qu’il ne sera pas assailli de questions lorsqu’il annoncera aller au cinéma avec un/une amoureux(se), il sera sans doute plus enclin à le faire. « Le grand paradoxe aujourd’hui, déplore Florence Millot, c’est que les réseaux sociaux et les portables permettent de surveiller les ados d’une manière parfois extrême. Ce qui les pousse parfois à mettre en place des stratégies très élaborées pour échapper à ce regard parental, quitte à se retrouver dans des situations dangereuses ».  Ne pas passer sous silence les mensonges, donc, mais parvenir à faire le tri entre ce qui relève de l’esquive – « et de ce que nous faisons tous, nous aussi, adultes », glisse Florence Millot – et ce qui peut révéler un véritable mal-être. Pour cela, conclut Violaine Gelly, « il est nécessaire de négocier avec soi-même son exigence d’un enfant parfait. Parce qu’aucun ne l’est et que plus on fait peser cette pression sur son ado, plus on le pousse à se retrancher derrière des mensonges pour ne pas nous décevoir. »
 
Source: lexpress.fr

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